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Transformation majeure de l’opérateur boursier australien
Le principal opérateur de la Bourse australienne, l’ASX, subit une transformation radicale à la suite d’une enquête des régulateurs ayant mis en lumière une priorité excessive accordée aux retours sur investissement des actionnaires, au détriment de la stabilité d’une infrastructure de marché essentielle.
Une enquête révélatrice
Une enquête menée par la Commission australienne des valeurs mobilières et des investissements (ASIC) a été initiée en juin dernier, suite à des pannes de système. Le panel de trois membres a identifié un déséquilibre fondamental entre les intérêts commerciaux de l’ASX et son rôle de gardien d’une infrastructure financière d’importance systémique.
Le panel a réalisé 140 entretiens avec des parties prenantes et examiné près de 10 000 documents.
Des dividendes au détriment de l’infrastructure
Le rapport intérimaire révèle que l’ASX a distribué 88 % de son bénéfice sous-jacent et 95 % de son bénéfice statutaire sous forme de dividendes au cours des cinq dernières années, tout en différant les mises à niveau technologiques et en investissant trop peu dans ses systèmes et son personnel.
Cette stratégie de réduction des coûts a favorisé les actionnaires, mais a laissé l’opérateur boursier en proie à des plateformes obsolètes et à des arrangements de contingence insuffisants.
Le panel a souligné que « ASX a payé le prix d’une faible dépense opérationnelle et en capital pendant de nombreuses années », précisant que cette approche avait contribué à plusieurs incidents graves, dont une panne en novembre qui a interrompu les échanges et une défaillance du système de règlement en décembre.
Des objectifs financiers qui compromettent la résilience
Le rapport indique que les objectifs financiers des vingt dernières années ont « fortement influencé » la prise de décision, compromettant ainsi la résilience des infrastructures critiques.
Les attentes des actionnaires demeurent ancrées dans des performances passées, générant une « tension réelle et non résolue » entre investisseurs, clients et régulateurs, selon le panel.
Mesures de réforme et restructuration
Le président de l’ASIC, Joe Longo, a qualifié le paquet de réformes de « frein d’urgence » pour un opérateur boursier ayant « sous-estimé l’ampleur du changement nécessaire ». Le régulateur collaborera avec la RBA afin d’établir une équipe de supervision conjointe, chargée de superviser les efforts de transformation de l’ASX.
Les arrangements de gouvernance actuels n’offrent pas une indépendance adéquate aux conseils des installations de compensation et de règlement. Les directeurs de la société mère siègent au sein des conseils des filiales, tandis que les entités de compensation s’appuient entièrement sur les ressources du groupe sans comptes financiers transparents révélant leurs coûts et revenus réels.
En conséquence, l’ASX a accepté de restructurer ces conseils pour n’y inclure que des directeurs indépendants sans liens actuels ou passés avec l’ASX. Les filiales de compensation bénéficieront également de ressources dédiées, d’une autorité budgétaire et de états financiers audités.
Une nouvelle exigence de capital
L’ASX doit accumuler 150 millions de dollars supplémentaires en actifs tangibles nets d’ici le 30 juin 2027, afin de refléter les risques accrus dus aux faiblesses persistantes en matière de gouvernance et à l’insuffisance des investissements technologiques. Ce charge de capital demeurera en place jusqu’à ce que les régulateurs confirment que l’ASX a atteint des étapes clés de son programme de transformation.
Cette mesure vise à consolider la position financière de l’ASX face aux risques potentiels, tout en encourageant des remédiations rapides et efficaces, alors que l’opérateur boursier fait déjà l’objet d’un examen accru de la part des régulateurs concernant sa résilience opérationnelle.
L’ASIC et la RBA se sont également engagés à revoir leur modèle de supervision des installations de compensation et de règlement, admettant que « les pratiques réglementaires existantes n’ont pas été efficaces » pour atteindre les résultats souhaités. Le rapport final du panel est attendu d’ici le 31 mars 2026.
