Scène de rue urbaine en France illustrant la diversité de la société française

Latifa Ibn Ziaten s’oppose fermement à l’interdiction du hijab proposée par le RN

Rédaction :Rédaction

Latifa Ibn Ziaten, figure du dialogue interreligieux et mère d’Imad Ibn Ziaten, premier soldat assassiné par Mohamed Merah en mars 2012, a vivement réagi à la proposition du Rassemblement national d’interdire le port du hijab dans l’espace public. Dans une intervention remarquée, elle a qualifié cette mesure de grave et incompatible avec les valeurs républicaines françaises.

La militante associative, qui consacre sa vie à la promotion du vivre-ensemble depuis la mort tragique de son fils, estime que cette proposition constitue une attaque contre la liberté individuelle et risque d’aggraver les divisions au sein de la société française. Elle souligne que ce type de mesure va à l’encontre du travail de cohésion sociale qu’elle mène depuis plus d’une décennie auprès des jeunes dans les quartiers.

Une voix qui porte au-delà des clivages

Latifa Ibn Ziaten s’est imposée comme une voix respectée dans le débat public français. Depuis 2012, elle sillonne la France pour rencontrer des milliers de jeunes dans les établissements scolaires, les centres sociaux et les prisons. Son discours, fondé sur le respect mutuel et le refus de la haine, lui a valu la reconnaissance des institutions républicaines.

Sa prise de position contre la proposition du RN s’inscrit dans la continuité de son engagement pour une société apaisée. Elle rappelle régulièrement que la République doit protéger la liberté de conscience de tous ses citoyens, sans distinction d’origine ou de confession. Pour elle, stigmatiser une partie de la population en raison de ses convictions religieuses constitue une dérive dangereuse.

La fondation qu’elle préside, Imad Ibn Ziaten pour la Jeunesse et la Paix, œuvre quotidiennement pour prévenir la radicalisation et favoriser l’intégration. Cette action de terrain lui confère une légitimité particulière pour s’exprimer sur les questions touchant à la cohésion nationale.

Le contexte d’un débat récurrent en France

La question du port du hijab dans l’espace public fait l’objet de controverses régulières en France depuis plusieurs années. Si la loi de 2004 interdit le port de signes religieux ostensibles dans les établissements scolaires publics, et celle de 2010 le port du voile intégral dans l’espace public, le hijab reste autorisé dans la rue, les commerces ou les services publics pour les usagers.

Le Rassemblement national défend régulièrement l’extension de ces interdictions, arguant d’une vision extensive de la laïcité. Cette position est contestée par de nombreux juristes, qui rappellent que la laïcité s’impose aux services publics et non aux citoyens dans leur vie privée. Le Conseil d’État a d’ailleurs régulièrement annulé des mesures locales jugées disproportionnées.

Les associations de défense des libertés publiques, comme la Ligue des droits de l’Homme ou le Collectif contre l’islamophobie en France, dénoncent systématiquement ces propositions qu’elles considèrent comme discriminatoires. Elles soulignent que de telles mesures risqueraient d’être censurées par le Conseil constitutionnel ou la Cour européenne des droits de l’Homme.

Les enjeux juridiques et sociétaux

Une interdiction générale du hijab dans l’espace public soulèverait d’importantes difficultés juridiques. La liberté de manifester ses convictions religieuses est garantie par la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, par la Convention européenne des droits de l’Homme et par la jurisprudence constante du Conseil constitutionnel.

Les restrictions à cette liberté ne peuvent être justifiées que par des impératifs d’ordre public strictement définis. Le Conseil constitutionnel a validé l’interdiction du voile intégral en 2010 uniquement au nom des exigences minimales de la vie en société, qui supposent que le visage soit découvert. Cette argumentation ne pourrait pas s’appliquer au simple hijab, qui ne dissimule pas le visage.

Sur le plan sociétal, les spécialistes de la cohésion sociale s’inquiètent des effets potentiels d’une telle mesure. Les études sociologiques montrent que les politiques perçues comme stigmatisantes renforcent le sentiment d’exclusion et peuvent alimenter les processus de radicalisation qu’elles prétendent combattre.

Les réactions du monde politique et associatif

La position de Latifa Ibn Ziaten fait écho à celle de nombreuses personnalités politiques de gauche et du centre, qui défendent une conception libérale de la laïcité. Ces voix rappellent que la laïcité vise à garantir la neutralité de l’État et la liberté de conscience de tous, non à imposer une sécularisation de la société.

Les organisations musulmanes de France ont également manifesté leur opposition à cette proposition, y voyant une mesure qui viserait spécifiquement leur communauté. Elles soulignent que la grande majorité des femmes qui portent le hijab le font par choix personnel et que leur interdire cette pratique constituerait une atteinte à leur liberté individuelle.

Du côté des partisans d’une laïcité plus stricte, certains défendent l’idée que l’espace public devrait être préservé de toute manifestation religieuse visible. Ce courant, minoritaire mais actif dans le débat français, considère que la visibilité croissante des pratiques religieuses constitue un recul du modèle républicain d’intégration.

Un débat qui interroge le modèle français

La controverse autour du port du hijab révèle les tensions qui traversent la société française sur la question de la place de la religion dans l’espace public. Elle met en lumière deux conceptions concurrentes de la laïcité : l’une, libérale, qui protège la liberté de manifester ses convictions ; l’autre, plus restrictive, qui privilégie la discrétion religieuse.

L’intervention de Latifa Ibn Ziaten dans ce débat rappelle que les questions de cohésion sociale ne peuvent être réglées uniquement par des mesures législatives. Son approche, fondée sur le dialogue et la rencontre, propose une alternative aux logiques d’interdiction et de stigmatisation.

La question reste ouverte de savoir comment concilier les principes républicains, la protection des libertés individuelles et les préoccupations sécuritaires dans une société marquée par la diversité croissante des convictions et des pratiques religieuses. Le débat se poursuivra dans les mois à venir, notamment à l’approche des prochaines échéances électorales.

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