Entretien avec un livre
Il est un précieux compagnon pour les personnes qui sont seuls, qui veulent apprendre un tas de choses sur le monde, qui veulent se distraire. Sachez que comme tout objet qui, en apparence ne peut s’exprimer, un livre a pourtant bien des choses à raconter et pas seulement en mots, mais aussi en parole et là je ne parle pas de livres-cassettes. Un journaliste de Première Édition a décidé d’en savoir un peu plus qu’en lisant entre les lignes.
Journaliste : Bonjour monsieur le livre !
Livre : Madame, je vous pris. Je m’appelle Alinea. Et puis vous auriez pu me prévenir avant. J’suis encore en jaquette.
J : Ah ! Bon. Édite-moi donc, Alinea « il paraît » que vous avez eu des amours tumultueuses…
L : Ç’a été un chapitre difficile de ma vie. Mais je suis heureuse de dire qu’aujourd’hui, j’ai tourné la page. Ce fut toute une histoire, un vrai roman.
J : Mais encore ? Parlez-moi de vos « relations ».
L : Tu aimerais bien savoir ce qui se passait en dessous des couvertures, mon p’tit vicieux, han ? Mon premier chum, j’y aimais pas la préface. Pour lui, tout ce qui se passait de négatif était ma faute. J’étais son « book » émissaire.
Un temps, j’ai traversé la clôture. Oui, je me suis rendue compte que j’étais « bitextuelle ».
J’suis sorti un temps avec une bande dessinée. Elle m’avait fait bonne impression. C’était une personne très colorée, mais pas vraiment comique, j’t’assure. J’aurais aimé qu’elle sorte de sa bulle.
Tout de suite après, j’ai été attiré par un cartable, mais il était dur de la feuille. Et puis, je pense qu’il a eu des problèmes d’acné. Il était plein de trous. Il trippait sur le film, le Seigneurs des Anneaux.
Une autre fois, c’était une bible. Je me souviens qu’elle avait de beaux saints. Chaque fois qu’elle entrait dans une église, elle se signet. Mais elle ren-versets toujours son café.
Plus tard, j’ai essayé avec un magazine, mais au lit, il avait toujours les papieds glacés. Je ne l’ai jamais « revue ».
Et puis il y a eu un livre de compte. Méchant numéro. Il travaillait de nuit. Vous autres vous diriez travailler sur les chiffres, j’pense. Log qu’il s’appelait. Je puis te dire qu’au lit, c’était un pro Log.
J : Je suppose que c’est parce qu’il avait un gros épi Log ?
L : Très drôle. Un moment donné, j’en ai rencontré une qui me lisait de belles histoires avant de m’endormir. Mais j’ai su par la suite qu’elle ne le faisait pas pour rien. Elle m’a sacrée là, prétextant que je ne payais pas mes contes. Comme elle aimait l’horticulture, je lui ai, un jour, offert un bouquin de fleurs. Elle préférait les librairies. Les bibliothèques, c’était pas son rayon. Pauvre titre fille.
J : D’autres amourettes ?
L : J’ai aussi fréquenté une livre de beurre mais elle avait une table des matières grasses.
J : Quant à faire, vous n’avez jamais pensé sortir avec une livre sterling ?
L : Non. C’est vrai qu’avec l’euro, ce n’est plus monnaie courante.
J : On m’a raconté que votre meilleur ami est un dictionnaire.
L : C’est quelqu’un qui a beaucoup de vocabulaire. Il vient du Nouveau-Lexique et a donc des racines latines. À l'instar de la télé numérique, il a de belles définitions, mais d’année en année, il n’arrête pas de prendre du volume. Moi, j’ai parfois de la misère à conjuguer avec les gros épais verbeux…
J : Auriez-vous aimé être un journal ?
L : Pour que mes chums m’appellent mon p’tit choux gras ? Chose certaine, j’aurais été sûre de finir mes jour à la morgue.
J : Et si vous aviez été un journal intime ?
L : ……..!
J : O.K, j’ai compris. Changement de sujet. Vous avez dû faire venir un exterminateur récemment ?
L : J’avais un problème avec des rats de bibliothèque.
J : Si vous n’aviez pas été un livre, qu’auriez-vous aimé faire ?
L :. J’ai pensé que j’aurais aimé travailler sur un bateau, mais je ne me serais pas sentie capable de jeter l’encre.
J : Vous avez commencé une maîtrise à l’université ?
L : Oui, mais comme les profs préféraient que je me thèse… Celle-là, je vais m’en souvenir. J’ai le mémoire long.
J : On m’a dit que vous avez eu beaucoup d’enfants et vous avez arrêté ?
L : Oui, un moment donné, des livres, ça s’épuise.
J : Vous aimez le cinéma ?
L : En effet. J’adore « Tome » Cruise. J’ai bien aimé le personnage du Silence des agneaux, Hannibal Lecture, là.
J : Et bien ma chère Alinea, il est maintenant temps de fermer les livres.