Claude Payette, vice-président des ressources humaines d'Hélicoptères Canadiens limitée et membre du conseil d’administration de Synergie Entreprises-Emploi Vaudreuil-Soulanges (SE2VS).
Questions en rafale
Gérer la crise de croissance dans Vaudreuil-Soulanges
Vaudreuil-Soulanges – Les entreprises et industries grandissent plus vite que le nombre de nouveaux employés. Conséquence : Vaudreuil-Soulanges vit une pénurie de main-d'œuvre, une situation exceptionnelle au Québec.
Claude Payette, vice-président des ressources humaines d'Hélicoptères Canadiens limitée et membre du conseil d’administration de Synergie Entreprises-Emploi Vaudreuil-Soulanges (SE2VS), fait le point sur la situation de l’emploi dans la région. Il estime que les élus devront travailler de concert avec les entreprises pour trouver une solution à la crise.
Q : Comment décrire la situation de l’emploi dans Vaudreuil-Soulanges?
R : Ma perception est que la région vit un bel essor démographique et un essor économique important. Mais les employeurs ont de la difficulté à recruter des employés. C’est une question de problème structurel. Il n’y a pas de logements abordables et de transport en commun pour toute la région. Une personne qui vit à Saint-Clet et qui veut travailler aux Cèdres sans auto, oubliez ça. Les gens ne peuvent se payer un taxi, qui coûterait le prix de leur salaire. C’est pourquoi il est difficile d’attirer les gens à travailler ici.
Q : Comment peut-on justement attirer les gens à travailler dans la région?
R : Nous avons beaucoup de travailleurs, mais les gens ont encore le concept que Vaudreuil-Soulanges est une ville-dortoir. Nous sommes souvent obligés d’engager des gens de l’extérieur de la région. Il y a beaucoup de personnes qui pourraient se trouver un emploi ici, mais elles ne pensent pas à chercher ici. Nous devons donc changer cette mentalité. Il faut convaincre les gens de Vaudreuil-Soulanges des avantages de travailler ici. Par exemple, SE2VS a fait une campagne de publicité pour montrer qu’il coûte cher de travailler à l’extérieur, en essence et en temps.
Q : La région attire beaucoup d’entreprises en transport et en manutention. Avons-nous assez de personnes qualifiées pour ces secteurs d’activité?
R : Il y aura plusieurs entreprises de manutention, mais le personnel n’existe pas dans la région. Si nous n’attirons pas des gens de l’extérieur, les entreprises vont s’arracher les employés. C’est bon à court terme pour les employés, qui auront des salaires plus élevés. Mais à long terme, cela peut menacer la survie des entreprises. Certaines entreprises ne pourront rester compétitives et devront partir.
Nous devons attirer les immigrants et les personnes provenant d'autres régions du Québec. Nous devons leur expliquer que Vaudreuil-Soulanges est un point de chute. Aussi, les entreprises doivent être prêtes à accueillir et à intégrer les immigrants. Nous n’avons pas le luxe de nous priver de leurs compétences.
Un dialogue doit aussi être fait avec les commissions scolaires et les institutions d’éducation. À quoi ça sert de former des gens pour des emplois qui ne sont pas dans la région? Il faut que les entreprises et les écoles discutent pour former de la main-d'œuvre pour combler la pénurie. Au lieu de se battre l’un contre l’autre, il faut se rassembler et régler ce problème de main-d’œuvre ensemble.
Q : Est-ce qu’un ralentissement économique aux États-Unis aura un effet sur les entreprises de la région?
R : C’est évident. Si les États-Unis ont le rhume, tout le monde tousse. S’il y a de la compétition entre les entreprises et que les salaires augmentent trop, les entreprises pourraient penser à s’établir ailleurs. Des mises à pied sont également possibles. C’est difficile de prévoir l’impact qu’aura la crise américaine. Les chefs des partis fédéraux ne s’entendent même pas sur l’impact.
Q : Que peuvent faire les élus pour combattre la pénurie de main-d'oeuvre dans Vaudreuil-Soulanges?
R : Nous vivons l’adolescence de Vaudreuil-Soulanges. Nous sommes en pleine crise de croissance, et l’économie se développe trop vite. Les élus doivent tout d’abord reconnaître le problème de l’emploi. Certains nient encore ce problème. Il faut aussi qu’ils s’attaquent au problème de logistique de transport et de logements. Les élus doivent utiliser leur leadership pour régler le problème. Nous devons arrêter de nous lancer la balle. Personne ne peut régler le problème seul.