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Un pénurie de spécialistes en adaptation scolaire

Mélanie Meloche-Holubowski par Mélanie Meloche-Holubowski
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Article mis en ligne le 9 septembre 2008 à 14:34
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La CSTL doit limiter le temps d’intervention auprès des jeunes
Un pénurie de spécialistes en adaptation scolaire
Un manque d’orthophonistes et d’ergothérapeutes dans les commissions scolaires du Québec cause bien des problèmes aux parents qui espèrent recevoir le plus d’aide possible pour leurs jeunes en difficulté.
Une mère qui ne désire pas révéler son nom pour protéger son enfant a eu la surprise de sa vie lorsqu’on lui a indiqué que l’aide d’un orthophoniste et d’un ergothérapeute lui serait retirée puisqu’elle a eu recours à de l’aide supplémentaire au privé. Son garçon de neuf ans souffre de dysphasie sévère mixte avec dyspraxie. Il est placé dans une classe de langage depuis quatre ans, où il obtient l’aide d’un orthophoniste et de son enseignant. Au début de l’année, cette mère reçoit un questionnaire où on lui demande de préciser les besoins de son jeune. Elle doit aussi indiquer si son enfant reçoit de l’aide dans le secteur privé. « J’ai coché oui parce que je croyais que l’école et l’intervenant au privé travailleraient ensemble pour aider mon garçon le plus possible », explique-t-elle.

Cependant, quelque temps après, elle reçoit une lettre des intervenantes lui indiquant que le service à l’école lui serait retiré parce que le travail fait à l’école risque d’être dédoublé au privé. La lettre lui précise : « En ce moment, il n’y a que trois jours par semaine d’ergothérapie à la Commission scolaire des Trois-Lacs (CSTL) avec une clientèle de plus de 13 000 élèves. Il est évident que des critères d’admissibilité et de priorisation ont dû être mis en place. Conséquemment, les élèves qui reçoivent des services en ergothérapie dans le réseau de la santé et des services sociaux ne pourront être admis en ergothérapie scolaire pour une demande similaire. »

« C’est ridicule! Pourquoi est-ce que les personnes-ressources ne peuvent travailler ensemble? Nous aurions deux fois plus de chances d’aider l’enfant! » dit-elle. Elle explique qu’elle a utilisé le service d’un intervenant au privé pour faire complément à l’aide donnée à l’école. « Je comprends que la commission scolaire ne peut donner de l’aide individuelle pour mon enfant. Il avait simplement besoin d’aide supplémentaire. Mais, au lieu de travailler ensemble et d’utiliser le plus de services possible pour que ça débloque chez mon enfant, elle coupe le service. »

Elle se dit satisfaite du travail des spécialistes à l’école, mais ne comprend pas comment le service peut être supprimé de façon si inattendue.

Et que fera cette mère cette année lorsqu’elle remplira le questionnaire de l’école? « Le conseil qui court est de ne pas indiquer si l’enfant utilise de l’aide au privé. » Cette mère a simplement décidé de ne plus avertir la commission scolaire de son intention d’aller au privé.

Essentiellement, le cas de cette famille illustre parfaitement la pénurie d’orthophonistes dans les écoles du Québec. L’Association des orthophonistes du Québec estime qu’il manque au moins 400 orthophonistes et qu’entre 150 000 et 200 000 enfants d'âge préscolaire et scolaire ont des troubles du langage. La Commission scolaire des Trois-Lacs tente d’aider le plus d’enfants possible, mais ne dispose que de ressources très minimes.
Manque d’intervenants
En ce moment, la CSTL compte un orthophoniste et une agente de correction du langage. Lyne Ménard, la directrice des services complémentaires et de l’adaptation scolaire, indique que la CSTL a un besoin criant d’au moins six orthophonistes supplémentaires pour suffire à la demande. Avec de maigres ressources, la CSTL doit étudier chaque cas individuellement et faire une liste de priorités. Les enfants sont jumelés, le nombre d’heures réduites et certains parents sont carrément référés au privé. « C’est inquiétant pour nous. Ce ne sont pas tous les parents qui peuvent payer un service au privé. »

Mme Ménard se dit surprise du cas de cette mère, dont le service a été suspendu puisqu’elle allait au privé. « Ce ne devrait pas être coupé à cause du dédoublement », affirme-t-elle. Par contre, elle ajoute qu’elle doit étudier le dossier de cet enfant avant de comprendre pourquoi le garçon n’a plus droit au service.

La pénurie d’orthophonistes dans la province est si sévère que la CSTL a recruté ses deux intervenantes en Europe. Cependant, pour être reconnues comme orthophoniste au Québec, elles doivent suivre un cours. Une de ces intervenantes, considérée comme une agente de correction du langage, ne peut encore travailler comme orthophoniste ni accomplir les mêmes tâches qu’une orthophoniste reconnue.

Le temps des intervenants est tellement taxé qu’ils ne réussissent même pas à remplir les formulaires de demande d’aide financière pour les jeunes handicapés. Certains parents doivent aussi se déplacer dans une autre école pour voir un intervenant. « Nous essayons de couper dans le temps de déplacement pour offrir le plus d’heures avec les jeunes. » Les intervenantes travaillent des journées supplémentaires pour essayer de combler la demande.

Cependant, Mme Ménard espère que les parents qui se sentent lésés communiqueront avec elle pour discuter de leur enfant.

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