Dans ma Camaro je t’emmènerai sur les terres agricoles…
Dans la « Tribune des présidents » du journal de l’Union des producteurs agricoles, La Terre de chez nous, Eddy Proulx, président de l’UPA Saint-Jean-Valleyfield, se vidait le cœur. Voici, en version intégrale, cette lettre, qui témoigne d’une frustration grandissante doublée d’un cri d’alarme.
Joint cette semaine, le président expliquait les raisons qui l’ont porté à écrire ces lignes. Tout d’abord la perte de terres agricoles à la construction de l’autoroute 30. Eddy Proulx espère pouvoir récupérer une zone enclavée qui, selon lui, sera vraisemblablement perdue. Actuellement le tracé ne demande que 90 hectares, mais 500 hectares ne peuvent être cultivés faute d’accès. Les lettres envoyées aux ministres de l’Agriculture et des Transports restent sans réponse. Quant au dossier de la Gare intermodale des Cèdres, à nouveau Eddy Proulx dénonce la perte de terres de grande qualité : « Ça va arrêter où? »
Cette semaine, je regardais mon journal, vous savez celui des agriculteurs et agricultrices du Québec, plus communément appelé La Terre de chez nous. Vous voyez le logo en haut du titre, des champs, une ferme, des récoltes et au-dessus de tout ça un soleil qui brille…
Il est beau, ce petit dessin, je l’aime bien ; il est présent toutes les semaines comme un symbole qui me dit que l’agriculture est une source de vie. Maintenant, il faudra bientôt imaginer ce même logo avec au centre une autoroute, de chaque côté des industries, des commerces, des centres commerciaux et des projets résidentiels. La nouvelle autoroute 30, symbole du progrès et du développement durable, représente bien la volonté des politiciens ainsi que l’écoute active qu’ils font auprès des organismes sociaux. C’est un bon exemple d’un gouvernement qui prend champ…pour en faire quelque chose de nouveau !
Avec les centaines d’hectares de terres agricoles perdues, parmi les meilleures au Québec, il va bien falloir renommer la TCN; on pourrait l’appeler La Terre de chez vous! Agri-Vallée s’appellerait Asphalte-Vallée. Humm… ça sonne bien. La page que vous lisez présentement serait remplacée par la LAC, La Lettre aux conducteurs.
Il paraît qu’il va y avoir à droite une voie réservée aux autobus pour que celui de la commission Pronovost puisse se rendre plus facilement à destination. Ce sera le gros luxe dans cet autobus, équipé d’écrans : les passagers pourront visionner les émissions de la Semaine noire, des épisodes de Cultivé et bien asphalté, sans oublier Pinard, qui nous concoctera une bavette de bitume dans son jus. Cet autobus sera très confortable : pas de bruit, pas de stress. Ce n’est pas compliqué : tu paies, tu t’assois et tu t’endors. Le peuple n’aura même pas besoin de savoir où il s’en va : les députés au pouvoir s’en occupent.
Autre bon geste pour l’environnement, une voie réservée au covoiturage, comme ça le premier ministre Jean Charest, le ministre de l’Agriculture Laurent Lessard, la ministre de l’Environnement Line Beauchamp et le BAPE vont pouvoir embarquer dans le même véhicule! Vous allez voir, ça va rouler bien doux, du bel asphalte neuf. La ministre Beauchamp a raison : c’est bien plus durable, de l’asphalte, que des terres agricoles. De plus, une charrue avance plus rapidement qu’un tracteur, c’est donc plus efficace. La ministre des Transports s’endormira-t-elle dans le bulldozer? Imaginez qu’elle se réveille en Chine ; l’importation de légumes serait si facile, comme un colis à la poste. Favoriser le commerce international, voilà la voie à suivre qui permet l’évolution de notre projet de société, celui de la souveraineté alimentaire que l’on remplacerait par routière!
Finalement, l’option des producteurs qui prônent le tracé de la 132 s’avérera une bonne chose. Lorsque la 30 sera congestionnée, la population pourra emprunter l’option 132. Ce tracé pourrait se nommer La route des ex-paysans, en l’honneur de ceux qui ont si généreusement donné leurs terres pour l’avenir. J’espère que les gens se souviendront des agriculteurs lorsqu’ils verront les jeunes de la relève faire du pouce sur le bord de l’autoroute en direction de la ville…