Entretien avec un épouvantail
C’est bientôt le temps des récoltes et on serait porté à penser que nos agriculteurs n’ont plus besoin, aujourd’hui, d’utiliser des stratagèmes pour éloigner les oiseaux du produit de leur terre. Le journaliste de Première Édition, en cherchant bien, a déniché probablement un des derniers exemplaires, à Saint-Clet, d’une race que l’on pensait éteinte depuis belle lurette et j’ai nommé, l’épouvantail.
Journaliste : Bonjour, monsieur l’épouvantail. Je ne vous sers pas la main, car je constate que vous n’en avez pas. Pourquoi donc, au fait ?
Épouvantail: Ça c’est les maudites vaches. Des fois, elles mangent n’importe quoi les niaiseuses. J’avais aussi des gants, mais un mosus de robineux me les a piqués.
J: Je réalise que vous n’avez pas de nez non plus.
É: J’en « navet » un, mais l’imbécile d’agriculteur s’est servi d’une carotte. Qu’est-ce que vous pensez qui est arrivé ?
J: Un oiseau l’a bouffé ?
É: Bingo ! AÏE LE CONCOMBRE, LES CAROTTES C’EST POUR LES BONHOMMES DE NEIGE.!
J: Depuis quand êtes-vous en fonction ?
É: Oh ! Ça fait une paille. Je me souviens cependant de ma naissance et même avant alors que j’étais un fétu. Quand un bébé vient au monde, on lui donne une petite tape sur les foufounes pour qu’il évacue son premier souffle de vie. Pour un épouvantail, c’est un peu plus violent. Moi, on m’a carrément planté. AAAAAtchoum ! S’cusez, c’est mon maudit rhume des foins.
J: Être épouvantail, est-ce le métier que vous avez toujours voulu pratiquer ?
E: J’aurais aimé devenir politicien, comme Meilli Paille, heu…Faille, ou Jean Charrue, et raconter des « salades » mais avec ma chance, je serais probablement devenu l’homme de paille du premier ministre.
J: Vous êtes vous toujours contenté de faire peur aux oiseaux ?
É: Faire peur aux oiseaux ? C’est eux autres qui me font peur. Eux autres pis les Hell’s qui viennent ramasser leur maudit « pot ». Non, j’ai aussi participé à des forums de discussion, mais j’ai lâché ça assez vite.
J: Et pourquoi donc ?
É: On me disait que j’étais toujours dans le champ.
J: Mais vous auriez fait un merveilleux voltigeur au baseball, non ?
É: C’est ça ! Pour me faire crier « chou » ? En tout cas, je ne reste jamais les bras croisés…enfin, façon de parler.
J: Vous suivez la programmation à la télévision ?
É: Bof ! De loin. La maison n’est pas à côté, vous savez. Et j’ai des problèmes avec mon champ de vision.
J: Quels sont vos personnages de télé favoris
É: Popaille le marin, Paillasson, Sol, et un autre dans le Magicien d’Oz, j’ai oublié son nom. J’ai aussi aimé les téléromans de Lise Paillette.
J:Y a-t-il un film que vous avez bien aimé ?
É: J’ai bien aimé la série «Les oiseaux se cachent pour mourir ».
J:Vous êtes marié ?
É: Oui , avec une belle grosse pleine de foin, et à cause de son excès de poids, je l’appelle mon épouvantaille forte, ah ! ah ! ah! Je suis content de l’avoir rencontrée. J’étais cassé à l’époque. J’étais…
Journaliste : Sur la paille ? Où est-elle ? Puis-je la rencontrer ?
É: Non. Elle vient de partir pour signer un contrat pour faire partie des décors d’Halloween du Provigros de Chibougamau. Et ne croyez pas les rumeurs qui veulent qu’elle a rencontré quelqu’un d’autre là-bas. C’est évidement un feu de paille. Je suis bien trop content d’être son époux…vantail. Ah ! Ah ! Ah !
J: J’aimerais revenir à vos premiers balbutiements.
É: Mes…pardon ?
J: Vos premiers crissements veux-je dire. Qui vous a confectionné ?
É: Ah ! Ça c’est madame Antoinette Bougie, la femme de mon « fermier ». On jase beaucoup ensemble. Elle me confie parfois ses états d’âme. Je me sens souvent seul vous savez. Quand madame Bougie est fatiguée, je lui conseille d’arrêter de brûler la chandelle par les deux bouts. Un matin, elle est venue me montrer sa nouvelle coiffure. Je me souviendrai toujours de la fois où madame Bougie s’était fait faire des mèches.
J: Comment voyez-vous votre avenir ?
É: Pas très rose, je dois dire. Je me vois servir de rembourrage pour les lits du prochain film sur Séraphin. Remarquez, j’haïrais pas ça que Donalda s’étende sur moi et c’est mieux que de finir ses jours dans un foyer ou sur une charrette à bœufs dans Anne la maison aux pignons verts.
J : Merci, monsieur l’épouvantail.