Depuis le 1er août, GM Canada ne fait plus de location de véhicules. (Photo Pascale M. Lévesque)
GM se retire de la location de véhicules
Changement de cap majeur chez les concessionnaires
Secousse majeure dans le marché de l’automobile : GM Canada s’est retiré hier de la location de véhicules. Alors qu’au Québec la location est extrêmement populaire, les concessionnaires devront offrir des programmes d’achat percutants pour conserver leur clientèle.
Assurément, le marché de la location est très rentable et représente au Québec plus de 50 % du marché de l’automobile. Étonnamment, GM opère un virage draconien en l’abandonnant et entend inciter plus d’un consommateur à changer ses habitudes d’achat. Ce changement de cap s’explique par la crise du crédit américain conjuguée aux pertes financières importantes à la fin des contrats de location sur les gros véhicules.
De nouveaux programmes d’achat
Conscients qu’ils devront garder l’œil ouvert afin de conserver leur clientèle, les concessionnaires concernés, dont ceux de Vaudreuil-Dorion et de L’Île-Perrot, demeurent optimistes quant à l’impact de ces changements. « Ce n’est pas nécessairement un choc pour eux, affirme Frédéric Morin, directeur des affaires juridiques à la Corporation des concessionnaires d’automobiles du Québec (CCAQ). Il s’agit plutôt d’un changement d’orientation bénéfique. » Pour sa part, Richard Marcoux, président de Richard Pontiac Buick GMC de Vaudreuil-Dorion, dont les activités de location représentaient de 60 à 75 % des affaires, indique qu’« à première vue, cette décision pourrait sembler néfaste pour l’industrie, mais les nouveaux programmes d’achat seront suffisamment agressifs afin d’être comparables aux mensualités de location».
En fait, cette décision de GM n’aura aucune incidence sur le consommateur qui avait déjà un contrat de location avant le 1er août 2008. Et, concrètement, cela signifie que le consommateur qui voudra se procurer un véhicule devra l’acheter et le financer par l’achat.
Désormais, GM offre l’achat à 0 % sur 72 mois. Selon André Gingras, président d’Île Perrot Chevrolet, dont les activités de location ont déjà représenté jusqu’à 65 % des affaires, les programmes d’achat n’auront jamais été aussi intéressants qu’à ce jour : « Si la location d’un véhicule coûtait 300 $ par mois, nous pouvons maintenant offrir au consommateur qui veut faire l’achat d’un véhicule une mensualité de 5 à 10 $ de moins par mois. En n’offrant plus de location de véhicules, il y en aura moins qui reviendront sur le marché. Et ça aura, pour le propriétaire, un impact très positif au niveau de la valeur de revente.» M. Gingras poursuit en disant que le « client qui choisira le programme de 0 % sur 72 mois, en repayant la dette versus le prêt qu’il a sur son véhicule, pourra après trois ans et demi changer de véhicule s’il le veut ».
De son côté, le constructeur d’automobiles Chrysler aurait même annoncé une mesure semblable aux États-Unis. Michel Bourdeau, président d’Excellence Chrysler de Vaudreuil-Dorion, est également confiant face à ce changement : « Nous allons continuer encore un peu la location à un taux d’intérêt variant entre 11 et 12 %, mais nous miserons davantage sur l’achat que sur la location. Nous aurons de nouveaux programmes d’achat sous peu. »
Le client suivra-t-il?
À la suite de ce changement d’orientation draconien, les clients demeureront-ils fidèles à leur concessionnaire ou seront-ils portés à aller voir ailleurs? «Le client de GM va peut-être vouloir aller vers d’autres constructeurs, mais, dès qu’il aura pesé le pour et le contre de la location versus l’achat, je ne serais pas surpris qu’il fasse le choix d’un véhicule acheté et financé chez ce même concessionnaire », mentionne M. Morin, de la CCAQ. Pour sa part, Richard Marcoux affirme qu’il est possible qu’un client qui tient à la location se tourne vers la concurrence, mais que cela se produisait déjà dans le marché automobile puisque les consommateurs ont l’habitude d’aller d’un concessionnaire à l’autre afin d’obtenir le meilleur prix qui soit.
«Les gens recherchent avant tout une mensualité avec laquelle ils sont confortables », poursuit M. Morin. Selon André Gingras, « s’ils veulent avoir le véhicule et la mensualité désirés, que ce soit une location de cinq ans ou un achat sur 72 mois, ça ne change pas grand-chose ».
Selon plusieurs concessionnaires GM, il ne serait pas étonnant que les autres constructeurs adoptent cette nouvelle stratégie et misent davantage sur la vente de véhicules puisqu’ils essuient également des pertes financières liées au retour de location des véhicules. Ainsi, il sera intéressant d’observer l’impact de cette nouvelle tendance, tant chez la clientèle que chez la concurrence.