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Félix Leclerc est l’homme d’un peuple

Article mis en ligne le 4 juillet 2008 à 12:35
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Félix Leclerc est l’homme d’un peuple
Le 9 août 1988, j’avais 16 ans passés. Ce matin-là, je me suis levée pour me rendre à l’école pour ma reprise d’examen.

Vraiment nulle en mathématiques, je devais essayer de passer ce damné examens par défi personnel et par souci de terminer mes études secondaires avec tous mes cours réussis.

Or, ce matin-là, je me suis levée, lavée, habillée avec la même bonne humeur que les jours précédents. Je suis allée dire bonjour à tout le monde et me faire à déjeuner.

Je me revois, au bout du comptoir-lunch de notre maison mobile. Le soleil brillait ce matin-là. J’avais hâte de partir, des chiffres et des formules d’algèbre plein la tête, l’adrénaline de la réussite dans la peau. J’avalais mes céréales à grandes cuillérées quand ma mère est entrée dans la cuisine et a parlé de Félix Leclerc sur un ton qui lui était inhabituel. « Qu’est-ce qu’il a, Félix? » ai-je demandé les yeux écarquillés tout en retenant mon soufflé et sentant mon cœur devenir lourd.

« Il est décédé hier. »

Au diable l’algèbre, l’adrénaline, la réussite et la bonne humeur. Ma cuillère retombe dans mon bol de céréales, le lait éclabousse partout sur le comptoir. C’est un film qui passe et repasse au ralenti pendant que j’assimile l’information. Pendant que je tente de me persuader qu’elle ne dit pas la vérité.

Enfin, je m’effondre sur le comptoir et je pleure. Mes parents se regardent, consternés. Ma mère tente de me réconforter en me signifiant que ce n’est pas comme si nous avions perdu un membre de la famille. Que Félix, en réalité, est un étranger. Elle me prend dans ses bras, mais elle ne comprend pas. D’ailleurs, je crois qu’elle va le comprendre seulement aujourd’hui, car je ne le lui ai jamais expliqué.

Encore aujourd’hui, Félix Leclerc est l’homme d’un peuple : le peuple québécois. Les chansons de Félix sont les gardiennes de notre culture. Toujours d’actualité, les textes de ce grand poète sont le reflet de notre passé, de notre présent et de notre avenir en tant que Québécois et Québécoises.

Quand je lis que des gens s’opposent à la mise sur pied d’un projet régional dont fera partie sa maison du chemin de l’Anse, à Vaudreuil-Dorion, je ne peux que m’opposer. Mettre un frein à un tel projet, c’est dire que Félix est mort, qu’il n’existe plus, même dans la mémoire collective.

Ce projet doit indéniablement voir le jour tout en accommodant la population environnante de sa maison, les visionnaires du projet et les amoureux du chansonnier.

Il faut faire connaître cet homme à nos enfants, à nos voisins, aux touristes, au monde entier. Ce projet de restauration et d’interprétation à la mémoire de Félix Leclerc est, pour notre région, le meilleur moyen de le faire. Il faut ensuite penser à tous les autres projets qui peuvent en découler sur le plan tant scolaire que touristique et lors des festivités régionales.

En se référant à ses chansons, à ses textes et à ses réalisations, nos jeunes pourraient, entre autres, retrouver des valeurs essentielles que nous croyons presque disparues, apprendre à s’exprimer sans violence, à aimer et à respecter ce que nous offre le patrimoine québécois. Apprendre Félix.

Félix Leclerc, c’est un arbre. C’est un ruisseau. C’est vous. C’est moi. Faisons ensemble encore grandir son oeuvre.

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