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Entretien avec une école

Stéphane Fortier par Stéphane Fortier
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Article mis en ligne le 18 juin 2008 à 13:04
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Entretien avec une école
C’est la fin des classes et encore une fois, votre journaliste de Première Édition, toujours d’actualité, a décidé d’aller piquer une petite jasette avec une chose bien particulière. Devant le regard éberlué des enfants et du corps enseignant, il s’est assis devant un mur du noble établissement et a recueilli les confidences d’une école. Pensant qu’ils avaient à faire à un malade mental, ces derniers on signalé le 911. Votre journaliste a ensuite été appréhendé par les policiers qui ont transporté son corps en saignant.

J:Bonjour madame l’école, comment allez-vous ?

É:La vie suit son cours. On ne peut pas en dire autant de certains élèves. Tu vois un peu le tableau ? À part ça, je souffre un peu d’arthritmétique. Il y aussi mes calculs rénaux.

J:Vous semblez un peu vidée.

É:Normal, les élèves viennent de partir.

J:Je vous remercie d’avoir accepté élégamment cette entrevue.

É:Je fais mon devoir. J’espère en tirer une leçon. Au fond, c’est normal, j’ai la réputation d’avoir beaucoup de classes.

J:Comment trouvez-vous votre environnement ?

É:Nous avons un bon directeur, c’est le principal. Pour le reste, c’est plutôt secondaire.

J:Parlez-moi une peu de vos fréquentations.

É:J’ai connu une université qui était bien en chaire. Le rectum, pardon, le recteur s’appelait Réal Zeimher. Pas surprenant qu’elle ait perdu presque toutes ses facultés. Les diplômés en Lettres travaillent tous pour Postes Canada aujourd’hui. On peut vraiment dire qu’ils travaillent dans leur domaine d’étude.

J:Auriez-vous aimée être une école anglaise ?

É:Non, je suis très contente de mes briques et de mon béton.

J:Non, je veux dire.., oubliez ça. On m’a dit que vous avez laissé tomber votre conjoint. Pourquoi ?

É:Entre autres parce qu’il n’avait plus de mines dans le crayon et je trouvais qu’il manquait de coffre.

J:Avez-vous le temps pour des loisirs ?

É:J’ai lu un roman récemment. « Pédagogie la Charrette » d’Antonyme Marteau. Non, attend c’est le contraire…Corrige-moi si je me trompe

J:Vous voulez dire « Pélagie la Charrette», d’Antonine Maillet. On m’a dit que vous aimiez beaucoup la télévision.

É:Pas juste la télévision. Les émissions aussi.

J:Que regardez-vous ?

É:Virginie, les bulletins de nouvelles.

J:Quelle métier auriez-vous aimé pratiquer ?

É:Je ne sais pas. Chose certaine, j’aurais été très polyvalente. Une chose sûre, je n’aurais pas aimé être une prison américaine dans un état où la peine de mort est en vigueur.

J:Je ne comprends pas.

E:Dans certaines écoles, il y a encore parfois de cours de catéchèse. Dans une prison, on parle plus de catéchaise électrique.

J:Une anecdote en terminant ?

É:Ici, il y a des affichettes pour identifier les professeurs. Le problème, c’est qu’ils ne mettent que le nom précédé de la première lettre de leur prénom. Quand vous avez un prof qui s’appelle Isabelle Diotte, c’est un peu gênant. Un autre s’appelle Daniel Ranger. J’ai aussi connu une enseignante qui pouvait lire l’avenir. On l’appelait la profette.

J:J’vous craie pas. J’imagine que le prof d’éducation physique s’appelait Jim Nase ? Et le nom du surveillant d’élèves c’était Larry Création. En passant, imaginez si le prénom du chanteur Garou était Lou.

É:Très drôle. Ton humour, tu tiens cela de ton arrière grammaire ?

J:Et bien madame l’école, il est temps que je m’efface.

É:Oh ! Avant de quitter, tu sais qu’il y a plein de choses ici que tu pourrais interviewer. Une porte, par exemple. Je vais lui en parler. Elle est très ouverte. Juste faire attention, parce qu’elle a mauvais caractère et parfois, elle sort de ses gonds. Mais je te jure, elle n’est pas barrée pour une miette. Un peu poignée peut-être…, mais cependant, elle est vitre en affaire.

J:Merci, mais j’aime mieux interviewer un miroir. Ça porte plus à réflexion. Ou encore des fenêtres. C’est plus agréable à regarder. Elles ont de beaux châssis.

E:J’en ai connu une qui aurait aimé faire de la politique. Elle aurait été très appréciée à cause de sa transparence.

J:Merci, madame l’école et bon été. Ah ! Des policiers. Bonjour messieurs !

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