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Entretien avec un pain

Stéphane Fortier par Stéphane Fortier
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Article mis en ligne le 18 juin 2008 à 14:03
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Entretien avec un pain
Il trône en maître sur nos tables et occupe souvent tout un rayon dans les épiceries. Comme bien des choses, il pourrait nous en dire long sur ses états d’âme, son vécu, ses goûts. Le journaliste de Première Édition, un peu capoté (un peu?) sur les bords, a décidé d’aller à l’épicerie du coin et, au risque de faire un fou de lui-même et miner sa crédibilité, de piquer une jasette avec un pain.
Journaliste : M. le Pain, comment ça va ? Vous êtes tout blanc.

Pain : Ça y va au toast. Un vrai p’tit Gai-Luron. En passant… Bon matin !

J : Je vois que vous avez redécoré. C’est de la tapisserie ?

P : Non, du papier-pain. En passant, je ne sais pas si vous avez des lecteurs anglophones, mais avec le nom que j’aie, il est possible que la lecture de cette entrevue les fasse souffrir.

J : Il n’y pas si longtemps, vous n’étiez pas si en forme, parait-il.

P : C’est vrai, j’étais un peu brûlé. C’est fatiguant de gagner sa croûte.

J : D’où êtes-vous originaire ?

P : De Paincourt.

J : On m’a dit que votre femme vous a laissé…

P : Oui, la painbêche. Miche-line qu’elle s’appelait. Elle avait un corps si moelleux. Le problème c’est qu’elle avait toujours les baguettes en l’air. Et c’est toujours moi qui faisais le « ménage ». Pour un pain… c’est dur. Et de plus en plus, les soirs, chaque fois que je rentrais à la maison, j’étais complètement beurré. Il fallait donc prendre une décision pour notre couple parce que l’on était toujours à couteaux tirés. Une vraie guerre de tranchée. Il fallait toujours que je ferme ma boîte. À ce moment-là, on n’entendait plus un son. C’est vrai que j’ai toujours été un peu sec. J’ai la fibre sensible, vous savez. À la fin, j’étais un peu dé-pita.

J : Dépité, vous voulez dire…?

P : Ouan, si tu veux. Mais, qu’est-ce que tu veux. Quand la pâte lève pus. De toute façon, moi le sexe…J aurais pas dû marier un pain de fesse. Surtout si elle les a toujours à l’ail. On s’est rencontrés dans un bar à pain, d’ailleurs. Le divorce a coûté cher, je n’avais plus de blé. Moi qui ai toujours été un gars entier.

J : Vous avez eu le temps d’élever une famille?

P : Oui , toute une fournée.

J : Côté relations, vous n’en êtes pas resté là…

P : J’suis sortie avec une autre, un moment donné. Mais, je la trouvais un peu tarte. C’était une Égyspienne, Épisgienne, Ésip…, t’sé où il y a des épiramides. Cléopâte Pétrie qu’elle s’appelait. Je croyais que c’était la mie dont j’avais toujours rêvée, mais non.

Et une autre, une petite Boulanger-Henripain qu’elle s’appelait. J’pensais qu’elle faisait de l’acné, mais elle était au raisin. Et puis en plus, elle avait des brioches après les dents.

J : Que faisiez-vous avant d’être un pain complet?

P : J’suis rentré dans les cadets de la farine.

J : Vous avez pris des vacances récemment ?

J : Je suis allé me faire dorer aux îles Sandwiches.

J : Quelles sont vos goûts en matière de culture?

P : Au théâtre, j’ai aimé les Four-breries de Sac à pain. Au cinéma, je préfère les films Weston.

J : Les films Westerns ?

P : Ouan, ou les les films avec Arsène Lupain.

J : Ou Jeannot Lapain?

P : Très drôle, mais tu sauras que plusieurs histoires ont été inspirées par le pain. « Blanche-Neige et les sept grains, par exemple.

J :D’autres goûts en matière de cinéma ?

P:J’ai bien aimé « Moisson Impossible » avec Tom Croûte, « La femme du boulanger », aussi .

J : Vous avez décidé d’écrire votre autobiographie parait-il ?

P : Oui, cela s’appellera « Tranches de vie ».

J : Comment voyez-vous votre avenir ?

P : Pas en hot dog, j’espère. Sérieusement, j’espère ne pas finir en ostie. Ça serait vraiment un calvaire. Quoique…à bien y penser, c’est un travail auquel je pourrais me consacrer.

J : Et bien, M. Le pain, c’est le temps de fermer mon Cale-pain, (la poignez-vous?)

P : T’es un petit pain-ce sans rire, toi. Comme le dirais une vieille locution latine, « Si vis panem, para dinum » autrement dit, si tu veux du pain, prépare le dîner.

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