Envoyer un message clair aux délinquants de la route
Entrevue avec Claude Jolicoeur
Lundi prochain, s’amorce la Semaine canadienne de la sécurité routière. À cette occasion, nous avons pensé recueillir les commentaires du modérateur du Comité d’action des citoyens en sécurité publique (CACSP) de Saint-Lazare, Claude Jolicoeur. M. Jolicoeur est également le père de la jeune Patricia, handicapée à vie après avoir été heurtée par une voiture en novembre 2006 à Saint-Lazare.
P.E.: Les actions posées par le CACSP sont-elles suffisantes pour changer les choses en ce qui concerne le comportement des automobilistes ?
Claude Jolicoeur : Oui, nous sommes convaincus que nous pouvons faire bouger les choses. Les gestes de sensibilisation que nous posons sont appelés à devenir des statistiques importantes. Mais pour atteindre des résultats, il fait compter avec les gestes d’une multitude d’intervenants tels les parents, les citoyens en général, et les gouvernements. Cela fait partie d’un tout.
P.E. : Le maire de Saint-Lazare, Paul Carzoli, croit que la sensibilisation, c’est bien mais que des mesures coercitives doivent aussi être appliquées aux automobilistes délinquants. Qu’en pensez-vous ?
C.J. : Le problème, c’est que les policiers ne peuvent être partout. C’est la raison pour laquelle l’utilisation de moyens de modération de la vitesse est si importante. Ce sont les moyens que la Ville est en mesure de mettre en place. Cela prend un plan à court, moyen et long terme. On ouvre de nouvelles rues sans tenir compte des conséquences sur le trafic.
P.E. : Quelles sont vos attentes par rapport aux actions que devrait poser la Ville en matière de sécurité publique ?
Qu’elle mette en place des moyens aussi simples que les balises, les dos d’âne et l’utilisation de photo radar. Après tout, nous avons des gens compétents en place, en mesure d’évaluer ce qu’il y a à faire. Des gens capables de réévaluer une autre façon de construire les rues. Pourquoi ne pas aménager plus de ronds-points, par exemple ?
P.E. : Quelles mesures les gouvernements devraient-ils prendre pour éviter de nouveaux drames comme celui qui a touché votre fille Patricia ?
Il faut qu’il envoie un message clair aux délinquants de la route et pas des sentence bonbon comme celle qui a été donnée à Edward Hakim. On dilue encore et encore ces sentences pourtant si peu sévères. Cela prend des sanctions qui ont plus d’allure. Montrer qu’un tel comportement sur la route est intolérable. Les chiffres démontrent que les photo radar sont efficaces. Pourquoi est-on si timide à les mettre en place. Malgré la loi, il y a encore plein de gens qui conduisent avec le cellulaire à la main. Il faut également revenir à des cours de conduite obligatoires et arrêter de montrer des commerciaux où des voitures circulent à haute vitesse. Le gouvernement doit légiférer en cette matière également.
P.E. : Les dernières mesures adoptées par la ministre Julie Boulet sur la sécurité routière sont-elles suffisantes ?
C’est un pas dans la bonne direction, mais c’est insuffisant. Il fait aller plus loin que cela. Pourquoi ne pas obliger les gens, par exemple, à passer un examen de conduite à tous les cinq ans ? C’est toute une philosophie de la conduite automobile et de la sécurité automobile qu’il nous faut revoir.
P.E. : Comment la charte des droits des victimes pourrait-elle s’appliquer lorsqu’il est question de conducteurs délinquants ?
C.J. :Ce qui est arrivé à la petite Bianca et à ma fille Patricia, ce sont des actes criminels. Il faut que cela soit clair. On parle aussi d’accorder des compensations adéquates. On parle également du droit à la vérité. Dans le cas de Patricia, lors du procès, elle n’était pas là pour témoigner et personne n’a été témoin du drame, sinon l’accusé. Escamoter des procès sur le dos des victimes, il fait que cela arrête.