Excusez-nous d’exister!
Depuis quelques années, on voit de plus en plus de gens courir dans les rues de la région. Pas étonnant puisque toutes les écoles secondaires de la commission scolaire des Trois-Lacs (CSTL) organisent une course à pied au mois de mai et que cette course est obligatoire pour tous les élèves. D’ailleurs, la CSTL utilise beaucoup des photos de ces courses pour sa promotion. De plus, la région est l’hôte de courses d’envergure provinciale, La Grande Vadrouille, le Cross des Couleurs et le Défi Tri-O-Lacs. Pas étonnant aussi que la région du Sud-Ouest se soit classée troisième en athlétisme et deuxième en triathlon aux derniers Jeux du Québec et que ces résultats soient les meilleurs obtenus par la région aux Jeux de Sept-Îles. En somme, notre région est très dynamique en ce qui concerne la course à pied.
Mais, pour obtenir de tels résultats, il faut s’entraîner, et pour cela il faut un lieu et, à défaut de piste d’athlétisme, ce lieu est la rue. Ainsi, mercredi dernier nous étions presque une centaine de coureurs de tous les âges (de 7 à 50 ans et plus) à courir dans les rues de Vaudreuil-Dorion à l’arrière du campus de la Cité-des-Jeunes. C’est là que, depuis le mois de novembre, les coureurs du Club d’athlétisme de Vaudreuil et les membres de Tri-O-Lacs s’entraînent puisque aucune piste d’athlétisme ne leur est accessible.
Une centaine de personnes qui courent, ça se voit et ça dérange un peu aussi. La plupart des citoyens sont cléments à notre égard, mais d’autres le sont moins et ils sont de plus en plus nombreux à se montrer impatients envers les coureurs. Les incidents fâcheux se multiplient : un gars en camionnette blanche invective un entraîneur, un autre en Jetta provoque un contact volontaire entre son véhicule et un coureur. À Vaudreuil-sur-le-Lac, où nous courions les années précédentes, le conseil municipal a reçu de nombreuses plaintes concernant « les coureurs qui bloquaient la rue », à un point tel que le club Tri-O-Lacs a décidé de changer d’endroit pour s’entraîner.
C’est vrai que nous prenons de la place sur la route, mais c’est vrai aussi que nous avons des droits sur la rue. Contrairement aux affirmations du « gars en pick-up blanc », qui proclamait que sa rue était privée, la rue est du domaine public. En tant que citoyens et contribuables, nous y avons les mêmes droits que les automobilistes même si nous n’avons pas de moteur pour nous mouvoir. De plus, nous n’avons pas d’autres options pour courir l’hiver. Nous tentons de trouver des endroits tranquilles, mais il s’y trouve toujours des gens que nous incommodons.
Bientôt, avec le printemps nous retournerons à nos pistes d’athlétisme et les citoyens retrouveront leurs rues. Le Club d’athlétisme de Vaudreuil ira à la piste de l’école St-Georges de Sainte-Anne-de-Bellevue, et les membres de Tri-O-Lacs se retrouveront à la piste du collège Bourget et à celle de l’école Westwood, de la commission scolaire Lester-B.-Pearson, qui se trouve à Saint-Lazare.
Voyez-vous un non-sens dans ces déménagements? La CSTL, qui est le principal bassin des coureurs, n’a aucune piste d’athlétisme! Nous sommes obligés d’emprunter les installations sportives des autres commissions scolaires et d’un collège privé pour nous adonner à notre sport! Ironie du sort, l’endroit où nous courons l’hiver se trouve à proximité de l’endroit où la CSTL avait autrefois une piste d’athlétisme drainée. Qu’est-il advenu de ces terrains? Ils ont été vendus, et aujourd’hui il s’y trouve un projet résidentiel.
Existe-t-il une solution? Oui, il y en a une et elle a été présentée à la CSTL, qui l’a refusée. Je parle ici, vous l’avez deviné, du centre multidisciplinaire dont il est souvent question ces jours-ci. Pourtant, le projet était solide et comptait des partenaires de poids, comme la Ville de Vaudreuil-Dorion, qui s’engageait pour une période de 25 ans à raison de 800 000 $ par année. Quant aux promoteurs, ils pouvaient compter sur Claude Chagnon, de la famille du même nom récemment ovationnée à l’Assemblée nationale pour son implication dans la communauté. Tous les intervenants de tous les milieux sportifs (gymnastique, football, balle-molle, triathlon, athlétisme, etc.) s’entendent sur la nécessité de telles installations. Les seuls qui demeurent imperméables à l’expression de ces besoins sont les commissaires (sauf un) et la direction de la CSTL. Cherchez l’erreur! En attendant, nous devrons continuer de courir dans les rues (avec les risques qui s’y trouvent) ou sur des terrains appartenant à un collège privé ou à d’autres commissions scolaires de la région! Heureusement que, chez les décideurs de ces institutions, il y avait des gens avec une vision, ce qui ne semble pas le cas pour la principale commission scolaire de la région.