Une vingtaine d’aînés ont discuté des enjeux des 65 ans et plus. (Photothèque Première Édition)
L’isolement et la pauvreté doivent être réglés
« Nous ne sommes pas un poids pour la société », disent les aînés
Félix Leclerc a bien compris que les aînés sont un atout, et non un poids pour la société - « Ce n’est pas parce que je suis un vieux pommier, que je donne de vieilles pommes » a-t’il dit.
C’est le message qui est fortement ressorti lors d’une consultation auprès d’une vingtaine d’aînés de Vaudreuil-Soulanges, avec Raymond Gravel, député du bloc Québécois et porte-parole pour le parti en matière d’aînés. « Je ne veux plus entendre quelqu’un me dire que les personnes âgés coûtent cher à l’état. C’est un mythe », a dit Gilberte Blanchet. « J’ai payé des taxes toute ma vie, j’en paie encore. Je paie des taxes scolaires et municipales. Qu’est-ce que je coûte de plus à la société? »
Jeudi dernier, M. Gravel a écouté les aînés lors de la consultation dans la chapelle émaillée de Bernard Séguin Poirier. « Il faut parler des problèmes qui existent. Il y a des problèmes d’appauvrissement, d’isolement, de solitude, de maladie et du manque de services », dit-il.
M. Gravel souligne que le Bloc désire présenter plusieurs projets au parlement fédéral afin de changer la façon dont les aînés sont traités.
Population qui vieillit
Vaudreuil-Soulanges a maintenant près de 12 000 aînés, soit 10 % de la population, et l’âge moyen continue d’augmenter, d’où l’importance de discuter de la qualité de vie des aînés, dit M. Gravel. « On doit s’engager tout de suite pour organiser les services.
Il y a maintenant 4,2 millions d’aînés au Québec et, en 2025, les statistiques prévoient 8 millions d’aînés, soit plus de 20 % de la population. « Je suis travailleuse sociale et il faudrait au moins deux fois plus de gens pour aider », a dit une participante. « J’essaie d’aider le plus de personnes avec très peu de ressources. »
Horace Roy a mentionné que le gouvernement n’aura bientôt plus le choix que d’écouter les aînés. « Après tout, si nous allons représenter 25 % de la population, nous allons finalement avoir un poids politique énorme ».
Pauvreté
Plusieurs aînés sont pris avec des revenus trop petits et le taux de pauvreté continue d’augmenter.
« Le supplément de revenu garanti (SRG) est, en moyenne, de 13 514 $ par année, alors que le seuil de la pauvreté est de 14 794 $. Il faudrait augmenter le SRG de 106 $ par mois, simplement pour atteindre le plancher du seuil de la pauvreté. Ce n’est même pas un cadeau qu’on donne », dit M. Gravel. M. Gravel, par le biais du bloc Québécois, présentera un projet de loi pour faire augmenter le montant du SRG.
De plus, les aînés qui désirent travailler à temps partiel sont trop pénalisés. « Si un aîné travaille deux jours par semaine, il perd la moitié de son SRG », souligne M. Gravel. « Nous voulons que les aînés qui désirent travailler un peu puissent le faire sans trop de pénalité ».
Michel Groulx a demandé que le gouvernement oblige les entreprises à ne pas couper les régimes de retraite. « Les gens travaillent tellement fort pour investir pour leur retraite et les compagnies abolissent les régimes à la dernière minute ». « Nous ne pouvons plus prendre notre retraite à 55 ans. Ça coûte trop cher », dit Horace Roy.
Aussi, rester à la maison devient trop dispendieux pour plusieurs aînés. « Ce n’est pas tout le monde qui a de l’argent pour maintenir leur maison. Pourquoi ne pas avoir un organisme comme « Habitat for Humanity » aux États-Unis qui aide gratuitement les aînés à faire quelques réparations? » demande D’assise Farmer.
De plus, plusieurs participants ont parlé des coûts exorbitants de plusieurs centres pour aînés. M. Gravel a mentionne qu’il est primordial d’augmenter le nombre de logements abordables. « La société d’habitation du Québec fait des profits de 7 $ milliards qu’elle garde dans ses coffres », dit M. Gravel. « Il y a des listes d’attente pour les habitations à coût modique et ils gardent tout cet argent dans leurs coffres. »
Suicide à la hausse
Selon l’association québécoise des retraités des secteurs publics et parapublics, un suicide sur trois concerne une personne âgée de 50 ans et plus. Au Québec, 412 suicides sur 1177 étaient des personnes âgées. En Montérégie, 59 suicides concernaient un aîné.
Selon une étude menée par des chercheurs du Centre de recherche sur le vieillissement de l’Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke et de l’Université de Montréal, au Québec, le taux de décès par suicide des personnes âgées de 65 ans et plus a augmenté de 85,4 % entre 1977 et 1999.
« Ceci ne tient pas compte de tous les suicides non déclarés », dit M. Gravel.
Les taux de dépression se situent entre 25 et 30 % pour la population des 65 ans et plus. Les taux de violence envers les aînés est aussi à la hausse. Au Québec, 150 000 abus ont été rapportés, dont au moins 100 dans Vaudreuil-Soulanges. « Ceci ne compte pas les abus non rapportés », explique Mme Blanchet. « Il y a un sentiment de honte et de culpabilité ». De plus, les organismes croient que le nombre d’abus se situerait plutôt autour de 400 000 cas par année dans la province.
Aidants naturels
Lorsque la maladie frappe, les conjoints, les enfants ou les amis doivent souvent quitter un emploi pour aider 24 heures par jour, 365 jours par année. Le travail d’aidant naturel est épuisant – plusieurs cas ont été répertoriés de conjoints qui sont morts avant la personne qu’ils soignaient.
De plus, le coût de quitter son emploi pour s’occuper de ses parents ou conjoint démotive les gens. « Lorsque quelqu’un quitte son emploi pour être un aidant naturel, il n’a pas droit à l’assurance-chômage parce que le gouvernement considère son départ comme volontaire », a dit une travailleuse sociale qui a voulu garder l’anonymat.
Bénévoles sans relâche
« Si les aînés cessaient toutes les activités de bénévolat, tout arrêterait – les organismes, les hôpitaux », a dit Mme Blanchet. En effet, les aînés font environ 1,5 million d’heures de bénévolat par semaine au Québec. « Les aînés sont des gens actifs, ils ont des choses à apporter à la société », dit M. Gravel.
Il y a trop de préjugés vis-à-vis les aînés, ont dit les participants. Les aînés ne passent pas leurs journées à jouer aux cartes et à siroter un café. La moyenne d’âge des bénévoles est d’au-dessus de 80 ans. Plusieurs organismes commencent à s’essouffler, parce qu’il n’y a pas de relève.
Éducation
« Il faudrait éduquer les gens à savoir ce qu’est une personne âgée et que l’intelligence ne se perd pas avec l’âge », a dit Bernard Séguin Poirier. Il dit qu’il faudrait essayer de valoriser les aînés au lieu « de dire qu’à 55 ans, c’est fini ».
D’assise Farmer mentionne qu’il serait important de jumeler les jeunes et les aînés pour transmettre les connaissances. « Pourquoi ne pas avoir des résidences pour personnes âgées avec des garderies pour enfants? On pourrait leur communiquer nos traditions et nos valeurs dès le jeune âge ». « Nous pourrions montrer le patrimoine et l’histoire à nos jeunes », dit Mme Blanchet.
« Les aînés, nous savons ce que nous voulons », ajoute Mme Blanchet. « Maintenant, il faut passer à l’action ».
Diane Piché a invité les aînés à passer le mot : « Prenez votre place. Les aînés sont importants dans notre société ».
Portrait des aînés
Aînés au Canada (2005) : 4,2 millions
Pourcentage de la population : 13,1 %
Aînés dans Vaudreuil-Soulanges : 11 955
Pourcentage dans Vaudreuil-Soulanges : 10 %
Aînés projetés pour 2026 : 8 millions
Pourcentage de la population : 21,2 %
Revenu moyen des couples d’aînés : 42 800 $
1 suicide sur 3 est commis par une personne de 50 ans et plus