Une famille aux origines multiethniques : Peter Dvorak de la République tchèque, Cathy Lacroix du Québec, Stephanny d’Haïti, Camille du Cambodge et Jasmine de la Chine. (Photothèque)
Cinq nationalités autour d’une table
Les joies et les péripéties de l’adoption
Une famille de trois fillettes de trois pays, dont Haïti. Après le séisme de la semaine dernière, les espoirs d’une jeune Québécoise d’origine haïtienne de retrouver ses parents dans son pays natal se sont envolés.
La récente tragédie en Haïti a particulièrement touché la famille Dvorak de Saint-Lazare. Leur fille Stefanny a été adoptée d’Haïti à l’âge de deux ans. La catastrophe a donc suscité de fortes émotions.
Cathy Lacroix et Peter Dvorak, tous deux pharmaciens, ont trois enfants : Steffany, 12 ans, d’Haïti; Camille Dreyleat, huit ans, du Cambodge; Jasmine Huasi, quatre ans, de la Chine. La famille parraine aussi un garçon en Haïti. Heureusement, il est sain et sauf.
Cet automne, la famille prévoyait emmener Stefanny dans ce pays qu’elle retrouve ses parents et qu’elle renoue avec ses racines.
« Même si elle n’a pas de souvenirs précis, Stephanny reste attachée à son pays natal. Elle a toujours voulu rechercher ses racines », indique sa mère.
Lors de l’adoption, Cathy et Peter ont obtenu le nom des parents de Stephanny. Ils ont tenté de les joindre par l’entremise de personnes en Haïti. « Nous savons qu’ils habitaient rue Tabar à Port-au-Prince et que le père était vendeur de souliers dans la rue », explique Cathy. Or le message n’a jamais été transmis. Aujourd’hui, Stephanny s’inquiète du sort de ses parents.
Dans un pays sens dessus dessous, les retrouvailles s’avèrent difficiles, sinon impossibles. Le couple continuera de soutenir son filleul et la reconstruction du pays, malgré l’annulation de son voyage. « Nous sommes à tout jamais liés à ce pays. Il nous a donné un enfant », explique-t-il.
Adopter pour donner une seconde chance
Cathy et Peter, qui peuvent enfanter, ont choisi l’adoption. Après leur mariage, ils ont décidé de parrainer un enfant en Afrique. « À l’université, nous étions tous les deux idéalistes, nous voulions aider le monde », déclare Cathy, ajoutant ne pas avoir senti le besoin d’enfanter. « En adoptant, j’ai été comblée. »
Le couple a adopté des filles en raison de la prostitution et de la pauvreté. « Nous leur offrons la liberté de choisir, un choix qu’elles n’avaient pas dans leur pays natal », explique-t-il.
Le couple voulait adopter un enfant chinois, mais Cathy, à 27 ans, était trop jeune, selon les exigences du gouvernement chinois. En 1999, ils se sont tournés vers Haïti, où une agence d’adoption lui a proposé une petite fille de 21 mois. Six mois plus tard, Stephanny est arrivée à l’aéroport de Mirabel.
« Lorsque je l’ai prise dans mes bras, je ne voyais plus rien autour de moi; je ne voyais qu’elle », raconte Cathy.
Puis le couple a voulu un deuxième enfant. Cathy et Peter ont encore une fois opté pour l’adoption. « Après une première adoption, on avait l’expérience. On s’est dit : on peut en adopter d’autres », explique Lacroix.
Quelques années plus tard, la liste des critères de sélection de parents adoptifs en Haïti et la longueur du processus s’allongeaient. Le couple a donc décidé d’adopter une petite cambodgienne. Dix-huit mois plus tard, Camille est entrée dans sa vie.
Enfin, le couple a opté pour la Chine, le Canada refusant l’adoption dans des pays où un acte de naissance n’est pas émis. Il a fallu deux ans pour adopter Jasmine.
Des départs difficiles
« Les enfants adoptés n’arrivent pas avec un chou rose sur la tête », prévient Cathy. L’adoption apporte une joie profonde, mais encore faut-il être prêt à affronter des défis hors du commun. En effet, les trois filles ont vécu une enfance difficile dans leur pays d’origine, et les chocs physiques et émotionnels refont surface, même plusieurs années plus tard. « Plus les gens détruisent leur enfance, plus les enfants ont de la difficulté », explique Cathy.
Brûlée, Stephanny passait ses journées presque toujours couchée à l’orphelinat. « Elle n’avait jamais appris à ramper, donc elle manquait de coordination quand elle marchait. Nous avons dû lui apprendre à ramper », raconte sa mère.
Camille a souffert de malnutrition : ses dents de bébé s’effritaient et se fissuraient. Jasmine a quant à elle été gavée à l’orphelinat, ce qui lui a causé plusieurs problèmes digestifs. « Elle n’avait même pas le réflexe de succion », explique sa mère. Ayant bu du lait contaminé à la mélamine, elle risquait de souffrir de lithiases rénales.
Enfin, les liens avec les nouveaux parents peuvent s’avérer difficiles à nouer. C’est pourquoi Cathy et Peter font partie de Pétales Québec, un organisme d'entraide et de soutien auprès des parents dont les enfants souffrent de troubles de l'attachement.
« On ne sait jamais comment ils ont été abandonnés. Parfois, la rupture est plus douloureuse », déclarent la mère.
Cinq nationalités, un lien familial profond
Cinq nationalités sont réunies dans la maison des Dvorak : le père est tchèque; la mère, québécoise; les trois fillettes sont de trois continents.
Les enseignants des fillettes ont noté leur ouverture marquée sur le monde. « Elles connaissent plus de religions, de types de nourriture, la géographie. » La famille participe régulièrement à des activités haïtiennes, cambodgiennes ou chinoises.
Malgré ces origines complètement différentes, un lien profond existe entre les filles. « Elles ont tous un point en commun : la rupture, l’abandon. Elles se consolent, elles se comprennent. C’est tellement beau! » s’émeut leur mère.
Les mamans-bedons
Pour cette famille, les mères biologiques se nomment mamans-bedons. Cathy et Peter approuvent les retrouvailles avec les parents biologiques. « Nous acceptons que nous partageons notre enfant », dit Cathy Lacroix.
Depuis que Cathy et Peter ont retrouvé la famille de Camille au Cambodge, ils communiquent avec elle par téléphone et lui envoient des lettres et des photos quelques fois par année. « Camille sait qu’elle a deux mamans. Elle est bien avec son histoire. Elle a fait son deuil », explique le couple. Camille, qui aimerait bien rencontrer sa famille, garde une certaine crainte de devoir retourner au Cambodge.
Pour Jasmine et Stephanny, les retrouvailles sont improbables. En effet, le couple ne connaît pas le nom des parents de Jasmine, et, avec le séisme en Haïti, les espoirs de retrouver les parents de Stephanny se sont envolés.
La famille fera néanmoins un voyage en Chine, au Cambodge ou en Haïti dans quelques années, pour découvrir le pays où des parents au grand cœur ont recueilli les fillettes.