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L’épée de Montcalm exposée à Vaudreuil-Dorion?
Dans un article portant sur l’épée de Montcalm présenté dans le journal Première Édition du 18 juillet 2009, on invente une scène pour expliquer comment l’épée du marquis a pu être remise à un autochtone et comment, de fil en aiguille, elle s’est retrouvée au Musée royal d’Ontario. Non seulement a-t-on inventé cette scène, mais aussi fait-on des suppositions.
On écrit que messieurs Brazeau et Ratio citent un document d’un dénommé Hanson pour affirmer que notre vaillant général serait « vraisemblablement mort dans les bras d’un Iroquois à qui il aurait laissé son épée ».
Je voudrais d’abord décrire les circonstances du décès de Montcalm. The Lost Prince, publié en 1854 par un membre du clergé protestant américain, John Holloway Hanson, prétend faire la démonstration qu’un Mohawk de Kahnawake, Éléazar Williams, est en réalité le roi Louis XVII de France, selon l’idée farfelue que ce jeune dauphin, enlevé lors de sa captivité, se soit retrouvé en Amérique après l’exécution de ses parents en 1793. Or, la thèse de M. Hanson a notamment été démolie par nul autre que Prosper Mérimée dans la Revue des deux mondes (édition de 1855). Il n’y a aujourd’hui que quelques Mohawks pour croire qu’Éléazar Williams (né en 1788 et fils de Thomas Williams et Mary-Ann Rice) est le « Lost Dauphin ». Ce livre ne saurait donc servir de référence au sujet du décès du marquis de Montcalm.
Il n’y a rien de vraisemblable dans l’hypothèse que Montcalm soit mort dans les « bras d’un Iroquois ». Les circonstances de sa mort sont bien connues. Montcalm a rendu l’âme dans les murs de Québec le 14 septembre 1759, dans un lit de la maison d’un chirurgien, entouré de son aide de camp, Marcel, de membres du clergé et de quelques officiers militaires. Cette scène a inspiré un tableau de Suzor Côté. Il ne faut pas connaître son histoire pour placer un Iroquois dans cette scène! Peut-être que Hanson (qui n’était pas historien) s’est inspiré de la présence du Mohawk dans le célèbre et très populaire tableau de la mort du général Wolfe par Benjamin West en 1770 et ainsi penser qu’une scène semblable a entouré le décès de Montcalm, que le peintre Watteau a lui-même peint sur un champ de bataille, face à une tente et à un… palmier!
Si les experts du Musée (sûrement pas des deux de pique, à ce que je sache!) sont incapables d’en dire davantage malgré leurs recherches, il faut peut-être arrêter de s’exciter et de prendre des vessies pour des lanternes. Ce qui vraisemblable, c’est que l’aide de camp Marcel aurait récupéré l’épée et le pistolet de Montcalm pour les remettre à sa famille (selon l’historien Jean-Marie Lebel).
Benoit Tremblay
Jean-Luc Brazeau
Commentaire mis en ligne le 11 août 2009Brève réponse à l’article de M. Benoit Tremblay sur l’épée de Montcalm.
L’article de Mme Meloche-Holubowski du 18 juillet ne portait pas sur la mort de Montcalm ou sur Louis XVII, mais bien sur une épée conservée au Musée royal de l’Ontario (ROM). Dans The Lost Prince de John H. Hanson à la page 403, est reproduite une lettre du 9 février 1853 de M. Aug. Trognon, secrétaire du prince de Joinville, lequel effectuait en 1841 un voyage en Amérique du Nord où il rencontra Eleazar Williams, le soi-disant dauphin, et avec qui il eut une assez longue conversation à bord d’un navire qui les emmenait vers Green Bay. Voici un extrait de cette lettre : « Un de ces récits les plus attachants était celui qu’il [Eleazar Williams] faisait des derniers moments du Marquis de Montcalm, mort entre les bras d’un Iroquois, son parent, à qui le vaillant capitaine avait laissé son épée. Ces détails ne purent manquer d’intéresser vivement le Prince, dont le voyage à Mackinac, à Green Bay… »
Dans ses Vieux souvenirs, sur son passage à Green Bay en 1841, le prince de Joinville écrit à la page 219 : « Je causai avec le fils d’un de leurs chefs, qui m’assura avoir encore en sa possession l’épée de Montcalm, qu’il gardait comme une relique. Selon lui, pendant la bataille de Québec, probablement au moment où Montcalm fut blessé à mort, son épée fut accrochée à un arbre et recueillie par un fidèle Iroquois qui l’accompagnait. Elle serait toujours restée depuis dans la tribu. »
Dans « Bougainville à l'escadre du Cte d'Estaing, guerre d'Amérique, 1778-1779 » de R. de Kérallain, Journal de la Société des Américanistes, Année 1927, Volume 19, Numéro 1, p. 167 : « En revanche, il [Bougainville] eut le 21 août une vive émotion, probablement imprévue : M. de la Fayette m’a fait présent de l’épée de M. le Marquis de Montcalm qu’il a retirée d’un habitant de ce pays, lequel la conservait comme un monument précieux. Je l’ai baisée les larmes aux yeux, et elle me devient encore plus chère par la main du jeune et preux chevalier de qui je l’ai reçue. »
Or, il existe actuellement au ROM un objet bien réel dont nous possédons une photo. L’objet en question est une épée sur laquelle sont inscrites la cote 961.35 et la mention Souvenir de Montcalm. Mais est-ce véritablement l’épée de Montcalm qui est conservée au musée de l’Ontario? Le ROM doit nous éclairer sur ce sujet. Si ce n’est pas l’épée de Montcalm, il faudra expliquer le faux et rendre la chose publique. Si c’est l’épée de Montcalm, nous pensons qu’il serait bien qu’elle soit rapatriée au Québec et pourquoi pas au Centre d’histoire La Presqu’ile.
Jean-Luc Brazeau