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La culture dans tous ses états

Isabelle Lord par Isabelle Lord
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Article mis en ligne le 26 septembre 2008 à 22:59
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Compressions dans le domaine culturel et subventions aux artistes
La culture dans tous ses états
À la suite des compressions du gouvernement conservateur dans le domaine des arts et des déclarations cinglantes du premier ministre à propos des artistes, la culture attise plus que jamais les passions.
Bien connus dans le domaine culturel pour leur contribution et implication, Daniel Bissonnette, directeur du Musée régional de Vaudreuil-Soulanges et Bernard Séguin Poirier, peintre émailleur, ont bien voulu partager leur vision de la culture.

Q:Quelle est votre opinion sur les récentes compressions de 45 M$ dans des programmes destinés aux arts?

D.B. :Il est certain que nous nous posons des questions. Par contre, ces réductions concernent surtout la diffusion internationale de nos artistes. Certains programmes ont été utiles pour faire connaître ces gens. Ils sont essentiels. C’est d’autant plus essentiel pour le Québec et le Canada d’avoir des programmes de toute nature, bien adaptés, qui permettent à la vie culturelle d’être dynamique. On est fiers quand on voit des artistes du Québec et du Canada reconnus à l’échelle internationale. Ce sont donc des compressions qui laissent en plan des parties de l’activité culturelle. Souvent, ces programmes ne sont pas nécessairement des montants excessifs, mais qui jouent le rôle de levier pour aller de l’avant dans certains projets.

B.S.P.: J’ai l’impression que le commun des mortels est complètement perdu là-dedans et que les gens du gouvernement ne disent pas clairement ce qu’il en est des compressions. J’ai même de la difficulté à comprendre ce qui se passe. M. Harper se sert des galas pour descendre la culture. Je trouve ça d’une grande tristesse. Ce qui me frustre, c’est qu’on fasse tout un plat autour de ces réductions sans savoir exactement de quoi il s’agit. La grande question qui se pose auprès du peuple finalement, c’est à savoir si les artistes doivent être financés ou pas. Je trouve ridicule qu’on parle des 45 millions retranchées, car j’aimerais mieux qu’on parle de la possibilité d’augmenter les budgets du côté de la culture : elle est souvent l’âme et la conscience d’un peuple.

Q:Selon vous, est-ce qu’il y aura un impact sur les artistes de la région?

D.B.:Toute compression dans un budget global n’est pas une bonne nouvelle. Surtout que la vérificatrice générale, il y a quelques années, par exemple en matière de patrimoine, lançait un signal d’alarme. Plutôt que des compressions budgétaires, elle recommandait l’injection d’argent neuf. Globalement, le ministère du Patrimoine canadien a connu une augmentation budgétaire, mais ce ministère représente beaucoup de choses. Si on regarde ce qui a été donné au culturel… Depuis un an, il y a eu une diminution des budgets. L’an dernier, il y a eu des réductions dans des programmes qui touchaient plus directement le milieu des musées. Ça a des effets, c’est certain.

B.S.P.:Oui, il y a un impact, mais c’est surtout dans le domaine du cinéma et d’autres grands domaines qui ne touchent pas vraiment les artistes de la région. Sauf que le peuple de Vaudreuil-Soulanges est complètement embarqué dans le giron de cette polémique sur les artistes. Et je crois que M. Michael Fortier est en train de faire de la zizanie et de diviser un peuple qui se développe sur le plan culturel. Dans Vaudreuil-Soulanges, les gens sont à développer une sensibilité quant à la culture, que ce soit avec la maison Trestler, le Musée régional de Vaudreuil-Soulanges, etc. Et M. Fortier, dans cette élection, est en voie de briser ce beau travail en disant que l’opinion des gens sur les artistes est qu’ils sont des maudits artistes. Je ne suis pas sûr que c’est ce que pensent les gens de la région.

Q:Que pensez-vous de la déclaration de Stephen Harper qui affirme que les gens de la classe moyenne n’éprouvent aucune sympathie pour les quémandeurs de subventions?

D.B.:On ne devrait pas voir la culture de cette façon. On devrait plutôt la voir comme un plus, une fierté en regard d’un pays. Et aussi en matière d’amélioration de la qualité de vie. Il y a beaucoup de travailleurs culturels et d’artistes qui ne roulent pas sur l’or. Après des années plus modestes financièrement, ils réussissent. Et parce que ce sont des gens en culture, doit-on dire que leur réussite n’est pas correcte? C’est un réflexe judéo-chrétien qui n’a plus sa place. De plus, les subventions ne sont pas l’apanage du milieu culturel. Dans tous les secteurs de l’activité économique, il y a des programmes de subventions qui y sont liés.

B.S.P.:Quelle horreur! C’est un manque de réflexion totale. Ça me désole, qu’il manque autant de jugement. On sait très bien que la culture et les artistes sont très importants dans une société. C’est de l’oxygène, et l’image d’une société à l’extérieur du pays. Je suis dans les arts depuis 40 ans. J’ai travaillé à protéger plusieurs bâtiments historiques; à créer le Quartier du Musée à Montréal, à appuyer des causes, et du jour au lendemain dans une élection, ce que les gens pensent de vous, c’est que vous êtes de maudits artistes? Qu’est-ce qu’une subvention de 2 500, 5 000 ou 10 000 $ à un pauvre artiste pour qu’il puisse réaliser une exposition, évoluer, et avoir une démarche? Ça peut être profitable, créer de l’emploi et des projets.

Q:À quel degré les arts et la culture devraient-ils être subventionnés?

D.B. :Depuis quelques années, il y a le fameux 1 % des budgets des différents paliers. Du côté du fédéral, ça été répété comme demande. En ce qui concerne les subventions, l’objectif du 1 % du budget fédéral est quand même réaliste. La culture, c’est l’affaire de tous, soit des différents paliers de gouvernement et du citoyen, qui, par ses gestes de consommation culturelle ou implication bénévole dans la culture, aide aussi souvent à dynamiser ce milieu. Et avec la politique culturelle régionale mise en place par la MRC, des partenaires privés, et des institutions régionales qui appuient davantage les artistes et organismes culturels, il y a un momentum et un dynamisme certain depuis un an ou deux dans la région.

B.S.P.:On est capable autant au Québec qu’au Canada d’avoir des gens renseignés sur le plan culturel et aptes à juger si une subvention peut être profitable à l’avancement d’un pays, à un artiste qui gagne sa vie en choisissant la culture et qui peut servir d’ambassadeur pour le pays. Et tout cela sans qu’il n’y ait d’abus dans l’octroi de subventions.
Daniel Bissonnette, directeur du Musée régional de Vaudreuil-Soulanges. (Photo Daniel Cuillerier)
Bernard Séguin Poirier, peintre émailleur des Cèdres. (Photo Pascale M. Lévesque)

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