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Quand les puces se volatilisent

Patrick Richard par Patrick Richard
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Article mis en ligne le 18 juillet 2008 à 23:36
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Quand les puces se volatilisent
Bienvenue au marché aux puces, cette immense vente de garage pas de garage où le convivialité et la négociation vont de pair avec l'achat de toutes sortes d'objets aussi intéressants les uns que les autres. (Photo:Marie-Jacynthe Roberge)
Vie et mort des marchés aux puces
Quand les puces se volatilisent
Dans les années 1980, marchands et clients affluaient nombreux pour négocier et échanger objets de toutes sortes contre un vieux deux en papier. Aujourd’hui, les marchés aux puces, désertés, sont sur leur dernier mille…
Nous y sommes tous allés au moins une fois dans notre vie. Quelqu’un de notre entourage, un vieil oncle « patenteux » ou un voisin « ramasseux », court, beau temps mauvais temps, après les tournevis rouillés payés 50 cennes, les décorations de Noël pas chères au mois de juillet ou un vieux vinyle de la famille Daraîche enfin réunie. Dans chaque famille se cache un courailleux des marchés aux puces, cette espèce d’immense vente de garage pas de garage, à ciel ouvert ou fermé. Dans notre région, deux marchés aux puces étalent au grand vent du linge pas cher et des accessoires qu’on ne retrouve nulle part ailleurs : le marché de St-Zotique les jeudis et celui de St-Polycarpe les mercredis. À Hudson, le marché Finnegan, dans le fin fond de la rue Main, étale davantage d’antiquités les week-ends que de brocantes de toutes sortes. Dans quelques semaines, à la rentrée, les 40 arpents de terre abritant le marché aux puces à St-Polycarpe depuis 40 ans, verront les marchands pour la toute dernière fois. Avec la mort de ce marché, la survie de celui de St-Zotique semble assurée. Mais pour combien de temps encore?
La rencontre de Rock, Roger et Cie
Se promener à travers les étalages des marchands correspond, d’abord et avant tout, à un voyage unique à l’intérieur d’une grande confrérie, unie par des liens d’amitié et d’affaire et solidifiés par le temps. Rock Dupuis, marchand aux puces de St-Zotique depuis six ans, compare cette famille à une « petite mafia », à l’intérieur de laquelle le respect est de mise. Même son de cloche quelques kiosques plus loin où Roger nous accueille parmi un inventaire impressionnant de livres, sa grande passion : « J’adore venir ici. On s’entraide. Presque tous les marchands ici sont des amis ». Pour Roger, sa présence hebdomadaire aux différents marchés aux puces de la grande région de Montréal se veut davantage une raison de vivre qu’un gagne-pain. Comme pour bien d’autres d’ailleurs. Pendant qu’il partage sa passion avec les clients, il laisse l’eau-de-vie sous le goulot. Il appréhende le jour où ce manège cessera. Malheureusement pour lui, et pour des milliers d’autres marchands et amateurs de marchés aux puces, l’avenir de ces endroits irremplaçables est menacé. La fermeture du marché de St-Polycarpe, en septembre, n’annonce rien de bon.
Quand les gros bouffent les petits
« Les marchés aux puces sont appelés à disparaître, mais peut-être pas ceux de fin de semaine. Ceux qui sont forts en brocante vont durer. » C’est en ces mots que Nicole Van Edig, la propriétaire du terrain abritant le marché aux puces de St-Polycarpe, entrevoit l’horizon des marchés aux puces. La dame sait de quoi elle parle. Le marché aux puces de St-Polycarpe allait fêter ses 40 ans l’an prochain. Propriété de Lucien Bissonnette, le marché consistait à ses débuts, à la vente de produits maraîchers et à des encans d’animaux. Nicole Van Edig a acheté le marché aux puces du second propriétaire, George Shaniker, en 1988 et a récemment vendu le terrain à un promoteur immobilier. La pression s’est fait forte ces dernières années sur la comptable de formation pour se départir de ses 40 arpents de terre. Aux côtés d’Aimé Campeau, un homme à tout faire de 83 ans, elle parle d’une époque consommée : « On tourne la page, je prends ma retraite. Avec la présence des Wal-Mart et des magasins à 1$, le temps des marchés aux puces est révolu. » En demandant à d’autres, notamment à Alain Pilon et Yves Geoffroy, propriétaires du marché à St-Zotique, les raisons de l’abandon des marchés aux puces sont multiples.
Les répercussions insoupçonnées du prix de l’essence
Née lors d’une soirée entre amis bien arrosée, l’idée du marché aux puces de St-Zotique a pris forme en 1989. Au départ, ils étaient quatre à louer le terrain à la compagnie McCallum Transport. En 1992, quand ils ont acheté le terrain, Sylvain St-Pierre s’est retiré du projet. Au début du mois de juillet, Vianney Lalonde (propriétaire, entre autres du BMR de St-Zotique) est décédé. Restent donc, aujourd’hui, Alain Pilon (propriétaire du Club de golf Banlieue Ouest) et Yves Geoffroy (retraité). S’ils se remémorent avec plaisir les débuts promoteurs de leur entreprise (la première journée, les marchands formaient une file jusqu’à l’autoroute 20!), ils entrevoient l’avenir de leur marché aux puces avec plus ou moins d’optimisme : « Ce n’est plus rentable. Il y a beaucoup moins de marchands et de clients que ce qu’on avait au début », constate Alain Plion. Pourquoi? Ici aussi, les magasins à grande surface sont pointés du doigt. Mais d’autres facteurs sont à considérer. Le prix de l’essence, l’absence de relève (autant chez les marchands que chez les propriétaires) et le désintérêt des gens en général semblent sonner le glas des marchés aux puces. Ajoutons à cela que les clients provenant de Salaberry-de-Valleyfield ne veulent pas passer trois jours sur le pont Monseigneur Langlois (une diminution de la clientèle estimée à 25-30 % par les propriétaires du marché de St-Zotique) et que les gens désertent à la moindre prévision de pluie (alors qu’avant, les clients se déplaçaient nombreux même sous l’averse) et nous avons les ingrédients d’une recette qui ne lève plus, qui n’attire plus les foules. Ni les marchands. De 3-400 marchands au début des années 1990, les marchés de St-Polycarpe et de St-Zotique n’en attirent plus que 100-120 aujourd’hui. Les 3000 clients réguliers auparavant ne sont plus qu’un millier aujourd’hui lors des bonnes journées. Gilles Charbonneau, concessionnaire d’un restaurant au marché de St-Polycarpe depuis 1976, se désole : « Depuis deux ans, ça ne marche plus. Aujourd’hui, c’est le dixième de ce qu’on a connu dans les années 1980. » Daniel Prince, un autre « vieux de la vielle » à St-Polycarpe, évoque aussi la valeur des terrains qui n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Résultat : vendre est alléchant. Finalement que reste-t-il de cette époque appelée à disparaître? Quelques mercredis au marché aux puces de St-Polycarpe et les jeudis pour encore quelques printemps à celui de St-Zotique. Une occasion hors du commun d’observer une parcelle de notre patrimoine, si exotique soit-elle, dans ce qu’il a de plus hétéroclite, coloré et spontané.
Objets inusités
Les marchés aux puces constituent les lieux par excellence où dénicher cet objet qui nous est cher… mais dont on ne connaît pas l’utilité! Voici quelques O.N.I. (objets non identifiés) retrouvés ça et là sur les tablettes des marchands.

- pince rouillée

- abat-jour en cuir

- tasse de bingo (une caisse pleine)

- bateau avec un Père-noël dessus

- hippopotame rouge à l’effigie d’une compagnie qui n’a jamais existé

- Youppi! dans son costume des Expos

- cendrier Saint-Hubert

- téléphone de 40 livres

- moteur d’un appareil pas encore inventé

- le film Les sous-doués en vacances en VHS

- disque vinyle de Guy Lafleur

- cercueil de Dracula

- masque à gaz avec tube (pour inhaler ce que vous voulez)

- beaucoup d’etc.
Un peu de plus
Des marchés à ciel ouvert, il y en partout. D’Ashgabat à Saint-Ouen, en passant par Ica et Chula Vasta, le goût de l’être humain pour brocanter un chameau, un chandelier de Jésus ou un dentier usagé est universel. L’expression « Marché aux puces », d’origine un peu nébuleuse, daterait de la fin du 19e siècle d’un proverbe à connotation péjorative : Qui se couche avec les chiens se lève avec les puces. En d’autres mots, les mauvaises fréquentations mènent à des conséquences fâcheuses. À l’époque, l’idée des puces allait de pair avec les vieux vêtements vendus par les marchands, vêtements que l’on soupçonnait être porteurs de parasites en tous genres. L'expression « Marché aux puces » finit par désigner cet endroit où l'on peut acheter des objets ayant déjà servi. Par la suite, l’expression s’est rapidement répandue pour devenir courante au début du 20e siècle.

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