Entretien avec une lampe
Elle nous accompagne toujours une fois le soleil couché. Elle est fidèle, à moins que l’électricité ne lui fasse faux bon. Mais elle n’a jamais l’occasion de nous jaser. Qu’à cela ne tienne, le journaliste de Première Édition ose donner la parole à une lampe, une simple lampe qui, si elle avait pu s’exprimer avant, aurait fait la lumière sur bien des choses et pas seulement sur celles du salon.
Journaliste : Abajour madame la lampe !
Lampe : Watt ? Installe-toi. Prendrais-tu un peu de jus ?
J : Non, ça va. Mais je vous dérange ? Vous étiez au téléphone ?
L : Tu devrais savoir que j’ai toujours un mâle au bout du fil.
J : Il paraît que vous avez été bien malade. C’est épuisant être une lampe ?
L : Parle m’en pas ! J’suis brûlée. Pis à chaque fois que ça arrive, j’ai une nouvelle ampoule qui apparaît. Ça fait mal. Heureusement, ma maman est restée à mon chevet. C’est une mère veilleuse. Mais maintenant, ça va un peu mieux et je suis déjà sur « pied ». J’ai maigri cependant et j’ai perdu deux kilowatts. J’en ai fait une crise et j’ai bien failli sauter un plomb. J’imagine que c’est mieux que de mourir électrocutée. Deux jours plus tard, j’ai failli m’étouffer, j’avais avalé une mosus de mouche, les collantes. Si j’avais réagi plus vite, cela ne serait pas arrivé, mais tu sais, on a tendance à être « lent pas d’air ».
J : Êtes-vous au fait des nouvelles technologies ?
L : Allume, bonhomme ! J’suis peut-être pas une lumière et il arrive que j’ampère des bouts, mais je suis branchée et je peux jeter un regard éclairé sur la situation. Mais c’était quoi au juste ta question ? C’était un peu Boiteau. J’ai perdu le fil.
J : Laissez donc faire. Changement de sujet, je vous appelle madame, mais les lampes ont-ils un sexe ?
L : Lumineux comme question. Je suis effectivement une femelle et tu peux m’appeler Tiffany.
J : Avez-vous déjà été amoureuse ?
L : « Spot » tes affaires !
J : O. K. Calmez-vous les luminerfs !
L : Sérieusement, j’ai été amoureuse effectivement. Avec une lampe de poche. Mais la seule chose qui parvenait à l’allumer, c’était une panne d’électricité. Ensuite ç’a été une lampe à pétrole, mais il manquait toujours de gaz au dernier moment. Une autre ancienne flamme, ce fût un lampion, même s’il avait toujours la bougie encrassée et de la cire dans les oreilles, je l’adorais. Il était con…cièrge, et il aurait pu faire carrière dans les sports, car c’était un bon joueur de baseball, même s’il frappait souvent des chandelles. Je l’ai finalement perdu, il est tombé amoureux d’une bougie. La grosse torche. Énergisèle qu ‘elle s’appelait. Elle était complètement folle. Une vraie dé « pile ». Ah ! Tout cela est loin. Ça fait une mèche, vous savez.
J : Avez-vous voyagé ?
L : J’suis déjà allée à New York. J’ai bien aimé « Batterie Park ».
J : Avez-vous eu des idoles dans la vie ?
L : Aladdin, Maurice « socket » Richard » et Louis Cyr parce que c’était l’homme le plus phare du Québec.
J : J’ai entendu dire que vous aimiez le chocolat.
L : J’adore les éclairs.
J : Des émissions favorites à la télé ?
L : L’ampoule aux œufs d’or, Flash, « Claire » Lamarche. La lutte aussi, à cause de la prise du sommeil, la prise de l’ours, la prise de courant…Au cinéma, inventé par les Frères Lumière en passant, j’ai bien aimé « L’ampère contre-attaque ».
J : Avez-vous vu « L’ampère Noël est une ordure ? »
L : T’es pas du genre brillant, toi hein ?
J : Auriez-vous aimé pratiquer un autre métier ?
L : Je ne sais pas. Comme le dirait mon miroir, ça demande réflexion. J’aurais voulu fréquenter le collège. Pour une lampe, ça aurait été bien. Éclairagiste peut-être. Ou actrice. J’aurais pu être sous les feux de la lampe. Mais j’aurais trop eu peur de voir ma carrière plafonnier. Je n’aurais pas détesté jouer au hockey en Russie. Mon rêve, jouer pour le Dynamo de Moscou.
J : Et bien, ma chère lampe, le jour se lève et on doit se quitter
L : Ben, oui. Ça vient de s’éteindre. Je te dis bon « joule » et à la prochaine !