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Le cas d’une jeune Ivoirienne inspire les jeunes

Mélanie Meloche-Holubowski par Mélanie Meloche-Holubowski
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Article mis en ligne le 4 avril 2008 à 13:59
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Les droits humains au Canada discutés
Le cas d’une jeune Ivoirienne inspire les jeunes
Des élèves de la région ont pris conscience qu’il faut se battre pour les droits humains, même au Canada, lors d’une rencontre avec Laeticia Angba, une jeune Québécoise menacée d’être expulsée en Côte d’Ivoire.
Le passage de Laeticia Angba au Musée régional de Vaudreuil-Dorion mercredi soir a été une occasion pour les jeunes de découvrir un modèle d’inspiration et de démontrer que leur appui à Amnistie internationale n’est pas futile. Des jeunes du Chêne-Bleu et de la Cité-des-Jeunes participent à Amnistie internationale et sont déjà sensibilisés à la lutte pour les droits humains ici et à l’étranger. La députée fédérale Meili Faille, qui a participé activement à régler ce complexe dossier d’immigration, a organisé cette rencontre avec les jeunes. « Vous voyez que la lutte pour les droits humains ne se fait pas juste à l’étranger : ça se fait également au Canada », a dit Mme Faille.

Avec émotion, mais avec aise, Laeticia Angba a raconté son combat des trois dernières années afin de ne pas être expulsée du pays. Les jeunes ont posé des questions et ont écouté la jeune femme avec intérêt. Elle a applaudi l’effort et la solidarité des jeunes d’Amnistie internationale. « Vos gestes ont des répercussions sur la lutte pour les droits humains. Oui, c’est parfois long, mais ne lâchez pas, luttez! » a-t-elle exprimé.

Célébrité malgré elle après son passage à Tout le monde en parle le 17 février dernier, Laeticia Angba ne cherche pas l’attention et est un peu gênée par les compliments. Sa mission est de faire connaître les cas d’immigration aberrants comme le sien. « Je le fais pour avoir un effort à long terme », dit-elle. Après trois ans de pressions politiques et médiatiques, Laeticia a reçu un permis de séjour temporaire et un visa pour continuer ses études. Des instances gouvernementales ont promis de lui remettre son statut de résidence permanente d’ici quatre ans. Le renouveau était dans l’air mercredi – le printemps se faisait sentir – , et Laeticia a exprimé sa joie de pouvoir rester chez elle, au Canada.
Histoire kafkaïenne
Tout débute en 1992, alors que Barthélémy Angba marie une Québécoise en Côte d’Ivoire, croyant que sa première femme est décédée. Cette Québécoise parraine M. Angba, et, trois ans plus tard, il fait venir Laetitia, alors âgée de 6 ans, au Québec. En 1996, le couple divorce. Un an plus tard, la seconde femme de M. Angba apprend qu’il était déjà marié en Côte d’Ivoire. Elle l’accuse de polygamie et veut annuler le parrainage. En 2002, la Commission de l’immigration accuse formellement M. Angba de polygamie, une pratique interdite au Canada, et veut l’expulser du pays parce qu’il aurait fourni de fausses déclarations.

Trois ans plus tard, la Commission s’acharne sur Laeticia. Cette dernière reçoit un avis d’expulsion parce qu’elle est parrainée par son père, qui aurait menti à Immigration Canada. Laeticia est pourtant résidente permanente et n’a ni famille ou ami en Côte d’Ivoire. « À 14 ans, j’ai appris que je serais expulsée du Canada, un endroit que j’aime et où j’ai essayé de m’intégrer. »

Du jour au lendemain, la vie de cette jeune fille est bouleversée. Le 29 mars 2005, Laeticia et son père se retrouvent dans le bureau de l’avocat Stéphane Handfield. « J’arrivais difficilement à comprendre la raison de cette injustice. » L’avocat croit fermement qu’Immigration Canada, qui essayait d’expulser M. Angba depuis trois ans, voulait frapper le maillon faible, soit sa fille. « Les agents d’Immigration Canada n’avaient pas réussi à casser le père, donc ils ont essayé de lui donner un dilemme impensable et de s’en prendre à sa famille », souligne Me Handfield.

Il a pris en charge ce cas, et, pendant trois ans, Me Handfield et Laeticia se sont battus contre « l’immense machine d’Immigration Canada ».
Moments difficiles
« Oui, il y a eu des moments très difficiles », affirme Laeticia Angba. Elle se sentait jugée de ne pas s’être distanciée et d’avoir condamné son père. Elle dit ne pas avoir ressenti de la colère envers son père, mais est fâchée qu’on ait essayé de séparer sa famille. « La famille est une des valeurs québécoises. C’est abominable qu’un juge ait essayé de briser notre famille. »

Me Handfield dit s’être rendu compte de l’importance de ce dossier lorsque Laeticia et lui sont entrés en cour d’appel. Laeticia m’a dit : “ Ma vie est entre vos mains. ” » C’était la première fois en 16 ans de pratique juridique qu’on me disait cela. C’est lourd à porter… » raconte Me Handfield.

Laeticia a expliqué aux jeunes présents qu’ils doivent persévérer dans la lutte pour les droits humains. « Parfois avec Amnistie internationale, nous écrivons des lettres et ça peut prendre deux ou trois ans avant que quelque chose change. C’est décourageant », dit-elle. Laeticia Angba croit maintenant qu’une personne ou un groupe peuvent faire une différence dans le monde.
Soutien
Laeticia n’aurait jamais cru qu’elle aurait un jour besoin de l’aide d’Amnistie internationale. L’organisme a écrit au gouvernement une lettre dénonçant cette situation. Après tout, elle-même participait à ce groupe au secondaire. « C’est bizarre de faire partie d’Amnistie internationale et d’en être soutenue en même temps. Mais tu te rends compte que sa lutte porte ses fruits », confie Laeticia Angba.

Son avocat estime que le passage de Laeticia à Radio-Canada a été le point culminant de cette lutte. « Les Québécois ont été révoltés », dit-il. Le lendemain de l’émission, Me Handfield recevait des centaines de courriels de soutien à Laeticia. Des centaines de lettres ont été envoyées à Ottawa pour démontrer leur désaccord avec la décision d’expulsion.

Plus de 1 100 personnes ont joint le regroupement Aider Laeticia sur le site Web Facebook.

Deux personnes ont même demandé Laeticia en mariage pour « l’aider » à régler sa situation, explique Laeticia en riant.
Implication politique
Il s’agissait d’une première rencontre entre Laeticia et Meili Faille cette semaine, malgré la grande implication de la députée dans le projet. « Mme Faille a été la seule parlementaire à nous appuyer dès le début », remarque Me Handfield. Mme Faille, qui était porte-parole du Bloc québécois en matière d'Immigration, a tout de suite poussé le dossier à Ottawa.

Mme Faille a organisé cette rencontre pour les jeunes de la région afin de démontrer que la loi ne doit pas être toujours prise au pied de la lettre. « Nous sommes des êtres humains après tout. Il faut faire preuve de discernement dans certaines situations. »

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