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Entretien avec un téléphone

Stéphane Fortier par Stéphane Fortier
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Article mis en ligne le 4 avril 2008 à 14:11
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Entretien avec un téléphone
On se sert de lui pour parler, mais jamais on ne lui parle. Pourtant, Dieu sait qu’il pourrait en dire des choses tellement il en a entendu des confidences. Des confidences, un journaliste de Première Édition lui en a demandées. Une conversation à cordon rompu qui restera dans les annales et non, l’espère-t-on dans la phase du même nom avec un « n » de moins.

Journaliste : Bonjour M. le téléphone !

Téléphone : Oui, allo !

J : Vous me semblez en grande forme.

T : Je surveille ma ligne. J’ai pas envie d’être un téléphone cellulite.

J : Il paraît que vous avez une vie assez remplie.

T : Oui, on peut dire que je suis pas mal occupé. Mais je dois composer avec ça. Mais toi, j’te regarde, tu serais plutôt du genre en dérangement. Ah ! Oui je te « signale » (la pognes-tu ?) que j’ai commencé une collection de « timbres » récemment.

J : Comment vous décririez-vous ?

T : Je dirais que je suis quelqu’un de branché, mais il m’arrive de manquer de mémoire.

J : Il paraît que vous avez déjà été à l’école.

T : Oui, mais j’ai décroché. J’ai fait une demande pour y retourner, mais je suis en attente.

J : Parlez-moi de votre vie sexuelle.

T : Bonjour, il m’est impossible de vous répondre pour l’instant, mais laissez-moi un bref message et je vous rappellerai dans les plus bref délais. Piiiiip !

J : Subtil. Ça veux-tu dire que vous vous ne voulez pas en parler ?

T : Qu’est-ce que t’en penses ? En fait, je peux te parler brièvement de mes fréquentations. Par exemple, un bottin que je trouvais trop épais. Il prétendait que tout le monde était un numéro. Je suis sorti avec un téléphone à cadran, mais elle me réveillait tous les matins. Ah ! Et aussi une cloche.

J : Une cloche ?

T : Oui. Elle était un peu sonnée et comme elle prenait un coup elle était souvent « gerlot ». Une chance que j’avais pas un esprit de clocher. J’ai bien essayé de la résonner, mais… On n’aurait pas été capable de « combiné » nos goûts et intérêts de toute façon. Et puis moi, comme téléphone, j’ai toujours eu peur d’être engagé…heu, de l’engagement.

J : On m’a dit que vous auriez aimé faire partie du monde du spectacle.

T : J’aurais aimé écrire des chansons, de la musique, des spectacles. Comme ça, pour une fois, c’est moi qui aurait pu composer des numéros.

J : En passant, vous coûtez un peu cher, non ?

T : Tu veux parler des « comptes » de téléphones. Celles qui donnent mal à la tête , on les appelle les factures du crâne.

J : Avez-vous déjà voyagé ?

T : J’ai fait beaucoup de longues distances. Et puis, j’ai fait le tour du Québec. Je suis allé dans le 418, le 819, le 450…

J : Auriez-vous aimé pratiquer des sports ?

T : Je ne sais pas. Je serais probablement toujours sur l’adrénaligne. Si certains aiment le touch football, moi je préfère le touch tone. Quoique, au football, j’aime bien les joueurs de ligne. Au hockey, je serais gardien de but.

J : Comment ça ?

T : Les poteaux, je connais ça.

J : Des films favoris ?

T : J’aime bien les films avec un message. Mais, comme les gens de la Bourse de Montréal, j’aime les films d’actions. J’ai apprécié L’afficheur avec Arnold Scharzan…,Schwingzellweger…Swatzworcestershire…

J : Vous voulez dire l’Effaceur avec Arnold Schwartznegger.

T : Ouan, quetchose du genre… J’ai aussi aimé l’appel et la bête.

J : Quels acteurs ou actrices avez-vous le plus aimés ?

T : Mariligne Monroe, IsaBell Adjani, Sean Sonnery et heu…heu..voyons…

J : Vous avez perdu le fil de vos idées ?

T : Ça se peut pas. J’suis un téléphone sans fil. En passant, comment t’appelle ça une charrue qui attend que l’hiver arrive dans son garage. La pelle en attente. Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! AAAAAAh ! S’cuse, j’avais le piton collé.

J : Et bien mon cher téléphone, je vais être obligé de raccrocher. On se rappelle ?

T : Tu sais où me trouver.

J : Dans le 514 ?

T : Oui, j’suis plus du genre urbain qu’interurbain.

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