Grande leçon de petites vacances
Février 2008. C’était quelque temps avant de partir. Un politicien américain se vide le cœur. Il critique vertement le Canada pour son travail, qu’il juge « insatisfaisant », en Afghanistan. Tout y passe : indécision politique, manque de formation des soldats, mauvais équipement, etc. On croit comprendre que, si la catastrophe s’avère, le Canada en sera responsable. La pression est forte sur le gouvernement Harper. La crainte s’installe dans le troupeau. Le Canada est sommé d’entrer dans le rang et d’en faire davantage. Le citoyen qui paie tout comprend que les maîtres de la guerre en exigeront toujours plus.
Un petit séjour chez nos voisins du sud m’apprend que, si nous existons, c’est uniquement pour satisfaire et accomplir les exigences absolues qu’ils imposent à la planète. Ne cherchez pas d’informations sur le Canada et encore moins du Québec sur leurs réseaux de radio et de télévision. Nous n’existons tout simplement pas. Leur patriotisme omniprésent et noyé dans le bénitier du God Bless America leur suffit.
Une rapide mise à jour de l’actualité à mon retour confirme que le dossier de l’Afghanistan, celui qui devrait perdre les conservateurs, fait toujours la une des quotidiens. Le Devoir du 28 mars résume le rapport récent de l’ACBAR (organisme qui coordonne les travaux et fonctions d’une centaine d’ONG). C’est un rapport indépendant des gouvernements et de l’armée, donc plus crédible. Ce rapport nous révèle trois « vices » touchant l’aide apportée à l’Afghanistan par les pays occidentaux :
- « Une portion prépondérante des sommes parachutées à Kaboul et ailleurs en Afghanistan sert exclusivement à des fins sécuritaires. Autrement dit, tout ce qui relève du civil (routes, éducation, soins médicaux) est le parent pauvre de l’aide internationale. »
- « L’effet boomerang, c'est-à-dire l’argent donné, nous revient par le truchement des salaires aux personnes dépêchées et aux firmes de consultants. »
- La corruption : « Lorsque le dollar n’est plus alloué à titre de salaire ou au renforcement de la sécurité, il tombe dans les poches de fonctionnaires et politiciens plus enclins à se confectionner une dot. »
À la lecture de cette analyse, on se dit qu’après huit ans de notre participation à cette guerre, il n’est pas trop tôt pour prendre la juste mesure de cette embardée politique majeure. Les Québécois veulent bien payer pour de bonnes décisions, mais restent incrédules au projet conservateur de poursuivre et même de prolonger cet engagement sans issue. Devant ce constat, je me demande bien quel profit aurait notre circonscription à être représentée par un député qui appuie cette politique militariste. Nous devons exiger que le candidat conservateur aille au-delà de l’affirmation de son titre et de ses propres ambitions politiques. Car solliciter l’appui populaire dans les circonstances ne relève peut-être pas de la mauvaise foi, mais assurément de l’inconscience, à moins que ce ne soit les deux.
Pour le moment, le parti de Stephen Harper poursuit dans son intention de mettre le Québec au pas… militaire canadien en engouffrant nos impôts dans une opération dont le constat d’échec ne peut plus être mis en doute. Vaudreuil-Soulanges doit se garder de succomber à l’illusion publicitaire « Pourquoi pas un ministre conservateur ? » C’est que ce dernier et son parti ne comprendront jamais que le problème est à Washington et que la solution serait de se retirer de l’Afghanistan à très court terme.
C’est ce que souhaitent majoritairement les Québécois, à plus de 70 % d’après les sondages.