Entretien avec un téléviseur
Rares sont les foyers qui peuvent prétendre ne pas avoir au moins un téléviseur dans la maison, sauf un certain photographe des Hebdos du Suroît. Cet objet, arrivé au début des années ’50 au Québec, n’a cessé de prendre de plus en plus de place dans notre vie à tel point qu’elle l’influence à divers degrés. À une certaine époque, des gens croyaient que les personnalités vues à la télévision pouvaient également voir le téléspectateur. Stupide croyez-vous ? Pas autant que votre humble serviteur qui a entrepris une conversation avec un téléviseur.
Journaliste : Bonjour M. le téléviseur. J’avais peur que vous ne veniez pas au rendez-vous.
Téléviseur : Tu devrais savoir que je suis toujours fidèle aux postes. De toute façon, ce soir, j’avais rien au programme.
J : Vous semblez souffrir quelque peu.
T : C’est rien. Je viens de me faire faire un traitement de canal et puis en plus hier, je me suis cassé une antenne. J’ai dû aller passer une radio et ça, pour une télé...
J : Et à part ça, ça va bien ?
T : Comme dirais l’autre, des fois je vis des bas, des fois je vidéo. Ces temps-ci, j’ai des problèmes de constipation. À ce moment-là, j’écoute les nouvelles avec Pierre Pruneau.
J : Il fait froid ici, vous ne trouvez pas ?
T : Désolé, c’est parce que j’ai un peu de neige sur mon écran.
J : J’vous regarde, là…
T : C’est tout à fait normal.
J : Non, non, sérieusement, si vous aviez à porter des vêtements, ce serait comment ?
T : Chose certaine, ce serait toujours à la mode.
J : Comment pouvez-vous en être sûr ?
T : Je suis toujours branché et j’ai des bonnes plogues. Pis toi, comment ça fil ?
J : Vous êtes un petit comique. On m’a dit que vous aviez une conjointe ?
T : Oui, mais on s’est quitté récemment. On n’était définitivement pas sur la même longueur d’ondes.
J : Vous aviez offert un beau cadeau à votre bien-aimée pour votre anniversaire de mariage ?
T : Oui, un parfum. Channel no 5. J’aurais voulu l’acheter en VRAK, mais…Et à moi, elle m’a donné un jeu de mes canaux.
J : Y-a-t-il beaucoup de gens qui vous regardent ici ?
T : Écoute, même le zien regarde la télé. Mais des fois, z’aimerais qu’il arrête de zapper. Excuzzzze, z’ai un problème de zon.
J : Si on pouvait avoir un réseau local de télé dans notre région, comment pourrait-on l’appeler ?
T : Le canal Soulanges, mais ça, avant qu’il ouvre…
J : Auriez-vous aimé pratiquer un sport ?
T : Le football. Me semble que je serais bon dans les bottés de plasma. Je sais, vous allez me dire que j’ai une Haute Définition de moi-même.
J : D’après vous, à quel moment avez-vous été le plus populaire ?
T : À Pâques, à l’époque où j’avais mes oreilles de lapin.
J : Pour vous, c’est quoi une émission plate ?
T : Une émission de cuisine sur Art TV où on parle de crêpes.
J : Si je vous demandais de classer, par ordre alphabétique, vos postes favoris, lequel viendrait en dernier ?
T : Le canal Z, probablement.
J : Et en premier ?
T : Musique Pluche. Parce que j’aime bien les toutous.
J : Quel est votre type de films favori ?
T : Les films d’horreur du genre « SCREEN » à Super Écran.
J : « SCREAM » vous voulez dire ? Une anecdote en terminant ?
T : Mon propriétaire a un oncle en prison qui adore Canal Évasion. Je me souviens aussi de l’époque où à la fin des émissions en soirée, les canaux faisaient jouer l’hymne national. Tout le monde devait se lever alors que c’était le temps d’aller se coucher. Puis ensuite, il y a eu le foyer de TQS. Ça s’était approprié, parce qu’à la fin de la journée, j’étais brûlé et j’aurais dormi comme une bûche. Une autre fois, mon propriétaire était un travailleur de la construction. Après une journée de travail, il rangeait son marteau, il s’effoirait sur le divan, m’ouvrait et finissait par cogner des clous.
J : Ben justement, on est arrivé à la fin de l’émission. C’est le temps de dormir. Merci pour cette entrevue M. le téléviseur.
T : Clic !