Gabrielle Soucisse a Beijing en tête
Ténacité, courage, ambition et détermination pour la grande nageuse
Gabrielle Soucisse a 17 ans, mais déjà elle vise plus vite, plus haut et plus fort.
La jeune athlète de Notre-Dame-de-L’Île-Perrot, nageuse spécialiste du dos a ses vues sur les olympiques de Beijing, un objectif qu’elle pourrait atteindre d’ici quelques semaines à force de travail, d’ardeur, de courage et de ténacité.
« Je m’entraîne 40 heures par semaine, en plus d’aller à l’école, au Collège Sainte-Anne de Lachine, des leçons, des devoirs et des compétitions à l’étranger », dit, sans se plaindre le moins du monde, la jeune femme qui a fait le saut vers le Centre national d’entraînement l’automne dernier. « Je m’entraîne avec Paul Bergen dans la piscine olympique, même si je nage sous les couleurs des Bluefins jusqu’en août prochain. Et je crois que c’est la meilleure décision que j’aurais pu prendre pour faire avancer ma carrière », dit Gabrielle, expliquant qu’elle devait aller voir ailleurs pour s’améliorer. « Tout se fait sur place. L’entraînement en piscine, mais aussi en salle, pour la musculation. Et il y a l’esprit d’équipe. On rencontre les membres des équipes de water-polo, de nage synchro. Des liens solides se tissent et on veut toujours y retourner », dit celle qui doit effectivement faire de nombreux voyages en direction du Stade olympique dans la même semaine.
Une tâche ardue
Si elle a pris la décision de s’entraîner sous l’égide de Bergen tout n’a pas été aisé dès le début. Après quelques mois, elle a coupé 4 secondes sur son temps au 200 dos, mais des heures d’efforts se cachent sous ces fantastiques résultats. « Au début je me suis vraiment demandé si j’avais fait la bonne chose. C’était difficile, il y a une coche plus élevée. Mais après, mon corps s’est habitué et maintenant ça va beaucoup mieux et je ne regrette pas », dit celle dont les notes scolaires ont également souffert de ce changement soudain.
Quotidiennement, du lundi an vendredi, la nageuse doit se rendre à la piscine olympique dans l’Est de Montréal en empruntant le transport en commun. « Il y a trois jours par semaine où je me lève dès 4 heures parce que je dois être dans la piscine à 7 heures, pour une heure et demi de natation. Puis je vais à l’école à Lachine, en métro et en autobus, et en après-midi, je retourne nager de 15 h à 19 h », dit celle qui a raté plus de 150 cours depuis le début de l’année scolaire. En plus de ces heures infernales qui l’obligent à dormir ou étudier dans le métro, Gabrielle doit se rendre tous les samedis au même endroit pour nager, encore et encore. « J’ai fait ce choix. Je n’ai pas une grosse vie sociale, mais c’est ce que j’ai décidé pour le moment. Je fais des sacrifices, mais je pense que ça va me rapporter tôt ou tard », lance la dégourdie jeune femme.
Consacrée entièrement à son sport la jeune femme n’en abandonne pas moins ses ambitions au niveau de l’école. « Heureusement, il y a une dame à l’école, Christine Bruneau, qui nous aide. Il y a beaucoup d’athlètes au Collège et elle nous envoie nos devoirs quand nous sommes à l’extérieur et qui fait les suivis », dit Gabrielle Soucisse qui voudrait devenir médecin en se dirigeant vers les sciences. « C’est beaucoup de sacrifices, mais je sais ce que c’est », dit-elle, arborant son large sourire radieux.
Des records abattus
Ses récentes améliorations dans la piscine ont permis à Gabrielle d’abaisser d’anciennes marques personnelles, mais aussi des records provinciaux et canadiens. Lors du Championnat International Paul Bergen à Portland en Oregon en décembre dernier, elle a établi cinq nouveaux records provinciaux et trois records canadiens. « Ça a vraiment bien été. C’est une compétition rapide, c’est connu et j’ai été à la hauteur », dit celle qui a dû se frotter à des nageuses de l’Allemagne, du Mexique, mais aussi de la France et incidemment des États-Unis et du Canada. « Il y a de bons nageurs avec les équipes juniors de 18 ans et moins. J’ai disputé sept épreuves et j’ai réalisé mes meilleurs temps à chaque fois. J’ai gagné trois médailles d’or », dit celle qui a fait partie de l’équipe du relais quatre fois 100 mètres, quatre nages qui a abaissé le record sénior qui avait été établi par l’équipe d’olympiennes formée de Jenniffer Carroll, Lauren Van Oosten, Jen Button et Marianne Limpert en 2002.
Des espoirs fondés
À l’issue de cette compétition truffée de telles performances, la Perrotdamoise a fixé un nouvel objectif à son cheminement. « Je pense de plus en plus aux olympiques. Je suis 1ère au 100 dos et 2e au 200 dos au Canada. Pour cette dernière distance, je suis 8e au monde chez les séniors. Ça regarde bien pour les essais olympiques qui se tiendront du 1er au 6 avril au Stade. Je pense que je vais faire les temps », annonce gaiement celle qui se plaît déjà à courir devant les siens. « Je suis heureuse parce que c’est ma piscine. Je m’entraîne là et c’est chez nous. En plus, je vais avoir l’appui de mes proches, de ma famille », dit celle qui a déjà l’expérience des grosses compétitions. « Il y a beaucoup d’ambiance quand ce sont de grosses compétitions du genre. J’ai été en Australie, à Hawaii et en Californie. Cet été c’est Los Angeles pour le Championnat Nord-Am. C’est vraiment fou parce que le sport est roi dans certains de ces endroits », dit celle qui déplore le manque d’appui des gens d’ici pour la natation. « En Australie, c’est malade. Mais ici, il faut faire connaître son sport et quémander pour survivre. Heureusement, Pierre Lafontaine donne un bon coup de main avec les commanditaires depuis son arrivée, mais sinon, il faut vraiment espérer », dit celle qui reçoit néanmoins des bourses à l’occasion, dont celles de la Banque Nationale et de la Fédération de Natation du Québec à titre d’athlète identifiée. Alain Lefebvre de cette fédération est également un bon porte-étendard qui aide les jeunes de la relève à persister.
Gabrielle Soucisse s’entraîne sans arrêt depuis le 27 août dernier, après avoir consacré plus de la moitié de sa vie à son sport. Maintenant elle vise de nager en Chine en août prochain, de porter le maillot à l’unifolié et de ramener une médaille olympique à son cou.