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La Pointe-du-Moulin en crise

Aucune animation n’est prévue en 2008

Marie-Jacinthe Roberge par Marie-Jacinthe Roberge
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Article mis en ligne le 15 février 2008 à 23:28
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La Pointe-du-Moulin en crise
La Pointe-du-Moulin bat de l'aile à cause du retrait d’une importante subvention. (Photo Daniel Cuillerier)
La Pointe-du-Moulin en crise
Aucune animation n’est prévue en 2008
Notre-Dame-de-l’Île-Perrot – La nouvelle tombe comme un coup de massue. Le Parc historique de la Pointe-du-Moulin, reconnu depuis trente ans pour ses personnages d’époque, n’offrira pas d’animation en 2008. Une grave crise de financement qui perdure depuis longtemps éclate au grand jour.
À l’aube de la saison 2008, le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine (MCCC), pourvoyeur de fonds pour financer l’animation de la Pointe depuis de nombreuses années, annonce qu’il coupe toute subvention au parc. De ce fait, le portrait de la situation vient de changer dramatiquement. Il devient impossible d’imaginer offrir de l’animation sur le site cet été.
Gestion complexe
Le Parc historique de la Pointe-du-Moulin est une propriété de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC). Son mandat prioritaire n’est pas d’assumer l’interprétation et l’animation historique des lieux patrimoniaux qu’elle possède. L’animation de la Pointe-du-Moulin est donc gérée en partenariat. Depuis longtemps, le MCCC signe des ententes de financement avec la SODEC pour assumer l’animation et l’interprétation du site. Enfin, la gestion de cette animation est confiée par la SODEC à une entreprise privée, en l’occurrence le groupe Cogestion de Saint-Jean-sur-Richelieu. Question de rendre cette gestion encore plus locale, Cogestion embauche une directrice-coordonnatrice du parc, qui assume la coordination sur le terrain.
Difficultés incessantes
Depuis longtemps, le Parc historique de la Pointe-du-Moulin voit son financement fondre comme neige au soleil. « Au début, des centaines de milliers de gens visitaient la Pointe, parce que les ressources pour l’animation étaient suffisantes », explique Martin Baccichet, directeur général de Cogestion. Au fil des ans, le MCCC s’est graduellement désengagé, rendant quasi impossible l’exploitation du plein potentiel du parc. Ces dernières années, la contribution annuelle du Ministère est estimée à environ 160 000 $ pour l’animation, un montant jugé insuffisant. « Depuis longtemps, la Pointe était sous-budgétisée. Ce n’était pas drôle de la voir décliner, mais on faisait de notre mieux », poursuit Martin Baccichet.
Crise de financement
C’est réellement en 2004 que le MCCC sonne l’alarme. Il menace de retirer complètement son appui financier au parc. Cogestion convainc alors le Ministère d’instaurer une tarification d’entrée au parc, auparavant d’accès gratuit. Le Ministère accepte l’entente, espérant ainsi réduire ses coûts d’exploitation de la Pointe. Or, le public est mécontent; aucun service supplémentaire n’est offert, les expositions ne sont pas renouvelées et la Pointe poursuit sa chute. « Malheureusement, nous avions toujours des contrats d’un an seulement et nous ne pouvions mettre plus d’accent pour sauver la Pointe », exprime le directeur de Cogestion. Quatre ans plus tard, à l’aube de la saison 2008, voilà que le Ministère annonce encore une fois qu’il se retire des activités de la Pointe…
Clou dans le cercueil
Pour la première fois, malgré plusieurs saisons compromises dans le passé, la menace est prise au sérieux. « Je sais que la SODEC a eu plusieurs discussions au fil des ans avec le MCCC, mais qu’elle essuie présentement un refus de sa part. Elle n’a aucune confirmation pour le futur », explique Martin Baccichet. Ainsi, pour la première fois, toute planification de la saison à venir est arrêtée. « Effectivement, on me demande de ne rien entreprendre qui va lier financièrement la SODEC pour la saison 2008 », raconte-t-il, loin d’être surpris. « C’est comme vivre aux abords d’un volcan; tout à coup, c’est l’éruption », illustre-t-il.
Fin de l’animation
Et l’éruption fait des dégâts. Concrètement, les groupes scolaires de la fin des classes sont annulés, de même que les contrats des animateurs et plusieurs publicités achetées dans les guides touristiques. Des dizaines d’emplois étudiants disparaissent du coup, sans compter le poste de directrice et les emplois saisonniers d’entretien du parc qui seront sensiblement réduits. « Par contre, signifie Martin Baccichet, la SODEC ne parle pas pour autant de la fermeture du site, mais bien de la fin de l’animation. »
Une saison 2008?
Le site resterait effectivement ouvert au public. Par contre, des informateurs confirment que tous les bâtiments seraient verrouillés. Pas de visite du centre d’interprétation, de la maison du meunier ni du moulin. Finies les fêtes familiales, les journées d’antan, le pain qui cuit dans le four à pain, les pièces de théâtre en plein air, les ateliers de bricolage, les soirées d’observation des perséides, etc. Et le parc redeviendrait d’accès gratuit. Une bonne nouvelle pour les randonneurs habitués à l’endroit, mais un grand trou pour la transmission de l’histoire régionale… La plus ancienne construction de la MRC (moulin à vent de 1705) serait fermée au public.
Pourparlers en cours
Devant ce constat, les gestionnaires de Saint-Jean-sur-Richelieu soupçonnent qu’ils disparaîtront du portrait. Leur contrat prend fin le 31 mars prochain. « La SODEC veut voir l’intérêt du milieu à prendre le site en charge », explique Martin Baccichet. « En effet, ce mardi 12 février, il y a eu une rencontre avec la Ville de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot pour explorer les possibilités de part et d’autre », explique Élizabeth Boileau, répondante de la SODEC, en poste à la direction des communications de la société d’État depuis seulement une semaine.

Bien qu’elle ne connaisse pas le dossier de la Pointe-du-Moulin en profondeur, elle veut taire certaines rumeurs. « La SODEC veut continuer à s’occuper du parc et à assumer l’entretien du site. Pour le moment, il n’est pas question de partenariat avec la Ville, mais je peux confirmer que ce fut une session de travail intéressante et dynamique », explique-t-elle, évitant cependant de mentionner ce qui a été discuté concrètement à cette rencontre. Questionnée à savoir si la Ville de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot pourrait éventuellement devenir acquéreur du site, elle répond n’avoir jamais entendu parler de ça. Quel lien unirait la SODEC et la Ville ? Bien difficile d’obtenir des réponses pour le moment. Ce que conclut néanmoins Élizabeth Boileau, c’est « qu’il est encore trop tôt pour affirmer qu’il n’y aura pas d’animation à la Pointe en 2008 ».
Relève possible?
Or, le retour de l’animation en 2008 est-il encore possible? La directrice de la Pointe a déjà quitté ses fonctions, et bon nombre de contrats sont déjà annulés. Qui pourrait se charger de la Pointe en 2008? Une chose est sûre, Pierre Séguin, président de l’Association des gens d’affaires de l’île-Perrot (AGAIP), rêve de gestionnaires dans la région. « Il faudrait avoir une administration distincte pour la Pointe, avec des gens dans le bain, s’enflamme-t-il. On ne laissera pas la Pointe fermer. »
Couleur locale
Pierre Séguin, Normand Ménard, préfet de la MRC de Vaudreuil-Soulanges, et bien des intervenants touristiques semblent effectivement s’entendre sur la nécessité de l’implication des décideurs d’ici. « Il faut absolument signifier notre intérêt à s’occuper du parc, et tout le monde va sentir qu’on ne se laissera pas marcher dessus », lance Pierre Séguin. Normand Ménard, de son côté, semble faire peu confiance aux décideurs actuels. « La Pointe est très fragile, et, si on veut la continuité, je pense qu’il va falloir que la région s’implique », exprime-t-il.

Mercredi prochain, 20 février, l’AGAIP organise un souper-conférence traitant du Parc historique de la Pointe-du-Moulin. La conférence sera animée par Benoît-Pierre Bertrand, gestionnaire du dossier à la SODEC, ainsi que par Martin Baccichet et Paul Thouin, gestionnaires du groupe Cogestion. Selon Pierre Séguin, plus il y aura de monde à cette rencontre, mieux ce sera, « parce que personne ne gagne à ce que la Pointe cesse ses activités. Ni l’industrie touristique, ni la Ville, ni les gens d’affaires. » Pour réserver sa place à ce souper-conférence, il faut composer le 514 425-1212.

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