Le canal de Soulanges se détériore d’année en année et le gouvernement se doit de l’entretenir pour des raisons de sécurité. « La réouverture du canal de Soulanges permettrait de rentabiliser les investissements requis », explique Albert Daoust. (Photo Daniel Cuillerier)
Le long parcours du canal de Soulanges
Un projet de grande envergure
Vaudreuil-Soulanges – Depuis sa fermeture en 1959, on parle de rouvrir le canal de Soulanges à la navigation de plaisance. Aujourd’hui, l’avenir du projet est entre les mains du Conseil des ministres. Un bref retour en arrière rappelle l’envergure et la complexité du projet.
C’est en 1993 que l’Association des gens d’affaires de Soulanges (AGAS) a donné le véritable coup d’envoi au projet. Elle dépose alors un mémoire proposant le développement du comté de Soulanges par la remise à niveau du canal. Voilà une stratégie de développement régional qui trouve écho dans la communauté.
Mobilisation régionale
Un comité d’analyse du dossier est alors créé, sous la gouverne de la MRC de Vaudreuil-Soulanges. Une première étude de préfaisabilité est effectuée. Devant les conclusions naît l’ancêtre de l’actuelle Régie intermunicipale du canal de Soulanges, la Société de développement du canal de Soulanges. Plusieurs instances régionales y figurent : la MRC, les municipalités de Pointe-des-Cascades, Les Cèdres, Coteau-du-Lac et Les Coteaux, en plus de l’AGAS. Tous rêvent du jour où le canal accueillera de nouveau des bateaux.
Dossier lourd
Or, après avoir procédé à une étude de faisabilité technique et économique, par la suite complétée par plusieurs autres études, les intervenants impliqués dans la Société de développement du canal de Soulanges réalisent l’ampleur du dossier et décident de créer la Régie pour poursuivre les démarches. « Le dossier ne pouvait plus être géré par un organisme sans but lucratif », explique Albert Daoust, directeur général de la Régie. Celle-ci voit donc le jour en 1999 et bénéficie dorénavant de fonds provenant à 70 % du gouvernement.
Question d’argent
Avec ses ressources financières bonifiées, la Régie peut partir à la recherche de promoteurs privés potentiellement intéressés à investir aux abords du canal. « Les résultats ont été décevants », raconte Albert Daoust. Pour quelle raison? « Parce que les promoteurs étaient intéressés seulement si le gouvernement démontrait son intention claire de procéder à la réouverture du canal », relate le directeur de la Régie. Au privé comme au public, convaincre les gens n’était pas chose simple.
Complexité inouïe
C’est que le projet de réouverture du canal de Soulanges est particulièrement complexe. Le simple nombre d’instances politiques impliquées donne le vertige. Sous la responsabilité du ministère des Transports, le canal traverse quatre municipalités, et sa réouverture demande des négociations avec plus d’une douzaine de ministères provinciaux et fédéraux. Tous demandent des études exhaustives.
Ces études sont d’autant plus élaborées que la réouverture du canal de Soulanges serait, d’un point de vue technique, une entreprise colossale. Le canal parcourt 23 km (comprend donc 46 km de rives), comporte cinq écluses et cinq ouvrages de régulation des eaux, est traversé par sept ponts routiers et un pont ferroviaire (devant tous être transformés en ponts mobiles), demande la modification de services publics – lignes électriques, téléphoniques et câbles – et la reconfiguration de chenaux, d’accès routiers et de ponts piétonniers. Loin d’être une mince affaire.
Difficiles comparaisons
Voilà pourquoi les délais ont été longs, selon Albert Daoust. « Par exemple, la réouverture de l’ancien canal de Beauharnois, à Salaberry-de-Valleyfield, a pris cinq ans d’études, et le dossier est moins élaboré que celui de Soulanges », explique-t-il. Il précise que l’ancien canal de Beauharnois est long de 300 mètres, qu’il comprend seulement deux ponts piétonniers et 100 mètres de promenade, en plus d’être sous la responsabilité que d’une seule municipalité. Selon lui, la réouverture plus rapide de l’ancien canal de Beauharnois n’enlève rien au canal de Soulanges. « Celui de Salaberry-de-Valleyfield s’élève à environ 4,5 M$ et n’a pas nécessité d’études socio-économiques, alors que les coûts estimés de Soulanges s’élèvent à 160 M$ et que nous avons dû prouver la rentabilité du projet », argumente-t-il.
Beaux exemples
Par ailleurs, Albert Daoust atteste que l’ancien canal de Beauharnois, comme celui de Lachine, fournit l’exemple indéniable que le développement en rive est un gage de succès. « La rue Victoria à Salaberry-de-Valleyfield ne sera plus jamais la même. L’apport du spectacle nautique présent dans le centre-ville a créé une dynamique extraordinaire. Le développement du canal de Soulanges est lui aussi axé sur le potentiel du développement en rive, s’enthousiasme-t-il. En plus, il s’agit d’un outil génial pour la conservation de notre patrimoine de la navigation », ajoute-t-il.
Projet par phases?
Si le projet est accepté au Conseil des ministres, la Régie est prête à aller de l’avant. Elle est aussi ouverte à une réouverture par phases, si les gouvernements ne veulent pas tout faire d’un seul coup. « Dans ce cas, on débuterait par le côté ouest (par Les Coteaux), on ferait ensuite le côté Est (par Pointe-des-Cascades), pour terminer par la portion du milieu, explique Robert Sauvé, maire de Coteau-du-Lac et président de la Régie. Par contre, rappelle-t-il, nous savons que l’ouverture complète du canal est nécessaire pour susciter des investissements du privé. » Seul l’avenir saura dire si le projet sera accepté au gouvernement et comment il sera orchestré.