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Engorgement généralisé qu’il faudra encore endurer

Pénurie de places en garderie dans Vaudreuil-Soulanges

Marie-Jacinthe Roberge par Marie-Jacinthe Roberge
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Article mis en ligne le 1 février 2008 à 23:04
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Engorgement généralisé qu’il faudra encore endurer
Des enfants cherchent désespérément une garderie dans Vaudreuil-Soulanges. (Photothèque)
Engorgement généralisé qu’il faudra encore endurer
Pénurie de places en garderie dans Vaudreuil-Soulanges
Vaudreuil-Soulanges – Le Québec connaît un boum des naissances. Dans la région, ce boum est tel que les places en garderie manquent cruellement. La situation tend à s’améliorer, mais les spécialistes concèdent que la crise n’est pas finie.
Pour de nombreux parents, la situation est très difficile. Les listes d’attente sont tellement longues que le temps de trouver une place pour faire garder bébé dépasse bien souvent le plus long des congés de maternité ou de paternité… On parle parfois de deux, trois ou même quatre ans avant de trouver une place. Congés sans solde, arrêts de travail, changement du niveau de vie et bien d’autres compromis sont souvent nécessaires. « La situation s’améliorera-t-elle ? » s’inquiètent les parents.
Sérieux engorgement
Malheureusement, il n’existe pas de réponse facile à cette question. Vaudreuil-Soulanges semble particulièrement touchée par la crise qui sévit un peu partout au Québec. Depuis plusieurs années, la région connaît une croissance démographique importante, et l’arrivée des garderies à 5 $/jour, en plus du Régime québécois d’assurance parentale, n’a qu’accentué la pénurie. « Nous sommes dans une région en pleine effervescence, avec un taux de natalité très élevé », résume Gabrielle Gagné, directrice générale du CPE (Centre de la petite Enfance) Les Petits Mousses, établissement chargé de gérer sa propre installation en plus des quelque 830 places en milieu familial de la région de Vaudreuil.

En fait, l’engorgement est tellement grand dans Vaudreuil qu’on refuse maintenant d’ajouter des noms sur la liste d’attente, signe loin d’être encourageant. « En septembre 2007, nous avions 800 poupons sur notre liste d’attente. Ce nombre est tellement énorme que nous avons dû fermer notre liste sachant qu’il nous serait impossible de répondre à la demande », explique-t-elle. Dans Soulanges, Ginette Létourneau, directrice du CPE Soulanges, responsable de 61 enfants en installation et bureau coordonnateur de 633 places en milieu familial, affirme que la situation est aussi très difficile.
Premier arrivé, premier servi
La présence de nombreux doublons sur les listes d’attente est aussi un problème. Un parent peut inscrire son enfant à plusieurs endroits et attendre d’obtenir la place qu’il préfère. « On ne peut effectuer de tri, question de ne pas être discriminatoire, explique Ginette Létourneau. Ainsi, un parent qui a déjà une garderie peut passer avant un autre qui n’en a pas encore, simplement parce qu’il figure plus haut sur la liste. » En fait, aucune question sur la vie personnelle des parents ne peut être posée. Pas possible, donc, de prioriser les mères ou pères monoparentaux, ceux qui sont moins bien nantis ou encore ceux qui n’ont pas de soutien familial à proximité. « Aussi, souvent on ne prend pas d’enfants de l’extérieur parce qu’on ne peut que suffire aux frères et sœurs des enfants qu’on garde déjà, qui ont priorité », explique Gabrielle Gagné. C’est donc la loi du premier arrivé, premier servi, et les centre de la petite enfance n’y peuvent rien.
Places au privé?
Devant la crise, plusieurs parents sont tentés de se tourner vers les garderies privées. « Une excellente solution puisque le ministère du Revenu peut accorder des avantages fiscaux aux parents qui vont au privé », explique André Giguère, de l’Office de la protection du consommateur. Or, même les garderies privées de Vaudreuil-Soulanges sont débordées. « Tout ce qui est service de garde est en manque criant présentement », poursuit Gabrielle Gagné, souffrant de cette crise, plus aiguë dans Vaudreuil que dans Soulanges, où Ginette Létourneau est plus encouragée. « Les garderies privées participent à désengorger la demande et offrent d’excellents services. La relation entre les garderies publiques et privées n’a jamais été aussi bonne, et on s’informe régulièrement des disponibilités que nous avons de part et d’autre, ce qui permet d’offrir malgré tout un service de qualité », dit-elle.
Espoir à l’horizon
Les deux directrices des CPE de la région s’entendent pour dire qu’il y a de l’espoir à moyen terme. « Ce n’est pas la première fois qu’on voit un boum de natalité, et on trouve toujours des solutions », raconte Gabrielle Gagné. De son côté, Ginette Létourneau affirme que les spécialistes prévoient une stabilisation de la demande au cours des prochaines années. Par contre, toutes deux attendent quand même des mesures correctives du gouvernement.
Liste centralisée
Le gouvernement vient notamment d’annoncer la mise sur pied d’une liste d’attente centralisée pour les CPE. L’idée qu’elle réduira les inscriptions multiples sur les listes ne fait par contre pas l’unanimité. « Bien sûr, elle aidera à réduire plusieurs doublons, mais il ne faut pas oublier qu’elle sera seulement d’adhésion volontaire pour les parents », précise Ginette Létourneau. Ainsi, de nombreux parents continueront probablement à s’inscrire à plusieurs endroits, impatients de trouver une place. « De notre côté, on a déjà une liste d’attente centralisée pour tous nos services de garde en milieu familial. Celle du gouvernement n’est donc pas essentielle, argumente Gabrielle Gagné. Évidemment, certains doublons biaisent le temps d’attente réel, mais ça ne règle pas le problème pour autant. Nous estimons qu’il y a quand même encore trop d’enfants sur les listes d’attente pour que nous répondions à la demande », soutient-elle.
Ajout de places
En fait, c’est l’ajout de places supplémentaires qu’elles attendent. « Malheureusement, ce n’est pas nous qui décidons du nombre d’enfants que nous pouvons accueillir, mais bien le Ministère », dit madame Létourneau. Effectivement, le ministère de la Famille et des Aînés accorde des places supplémentaires et s’assure d’une juste distribution à l’échelle provinciale. D’ici cinq ans, il entend ajouter 20 000 places supplémentaires. « Un nombre que les spécialistes croient suffisant, précise Jean-Pascal Bernier, attaché de presse de la ministre de la Famille Michelle Courchesne. Certaines places ont déjà été annoncées, et d’autres annonces surviendront en 2008 », dit-il.

« Pour nous, le mieux qu’on puisse faire, poursuit Ginette Létourneau, est de clairement faire état de nos besoins aux élus. » Ces propos sont appuyés par Gabrielle Gagné. « J’ai présenté un mémoire à Jean Charest sur notre situation en août dernier, attestant que le besoin de places en garderie est criant. Le Ministère m’a répondu qu’il est au courant de la situation, et j’ai bon espoir qu’on y a eu une bonne oreille », déclare-t-elle.
Décisions complexes
Au dire des gens interrogés, l’ajout de places n’est pas chose simple. « Il est difficile d’évaluer le nombre d’enfants en attente, en raison des doublons sur les listes, spécifie Jean-Pascal Bernier. Ainsi, le Ministère doit se baser sur d’autres facteurs pour déterminer les besoins », affirme-t-il. On considère notamment le taux d’emploi des parents dans chaque région, celles où il y a de nouveaux quartiers, l’engorgement des garderies privées et on prête également une attention aux instances locales, « question d’obtenir un portrait fidèle de la situation », continue l’attaché de la ministre.

« Le gouvernement doit aussi prévoir à long terme et faire en sorte qu’il n’y ait pas de garderies vides dans dix ans, renchérit Ginette Létourneau. De plus, il faut s’assurer d’avoir la main d’œuvre requise, sans vider des classes de finissants en entier », argumente-t-elle, compréhensive face aux longs délais.
Pas si simple…
Bref, le nombre de places dans les garderies s’améliorera sûrement, mais tout n’est pas simple. « Les gens comprennent mal la situation. Je comprends que leurs besoins sont immédiats, mais il s’agit d’un long processus, relate madame Létourneau. Déjà, on peut se compter chanceux d’être à proximité de deux collèges (Valleyfield et Gérald-Godin) qui forment d’excellentes éducatrices », indique-t-elle. De son côté, Jean-Pascal Bernier laisse vaguement présumer qu’il y aurait ajout de nouvelles places après le budget de mars 2008. Reste à voir où… Questionné à savoir si Vaudreuil-Soulanges est une priorité, Jean-Pascal Bernier affirme ne pas le savoir jusqu’à maintenant. « On analyse actuellement la situation, et, d’ici peu, le Ministère devrait avoir un portrait plus juste de la pénurie. » En attendant, les parents devront prendre leur mal en patience et trouver des moyens de concilier travail et famille…

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