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Les profs marchent pour stopper la réforme scolaire

Mélanie Meloche-Holubowski par Mélanie Meloche-Holubowski
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Article mis en ligne le 1 février 2008 à 23:59
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Les profs marchent pour stopper la réforme scolaire
Une des caricatures pour dénoncer la réforme. Plusieurs professeurs marcheront ce samedi à Montréal en signe de protestation contre la réforme de l’éducation. (Photothèque)
« La réforme forme une société sous-scolarisée »
Les profs marchent pour stopper la réforme scolaire
Des milliers de professeurs et de parents, dont une centaine de Vaudreuil-Soulanges, marcheront les rues de Montréal pour protester contre la réforme scolaire.
Organisée par la Coalition Stoppons la Réforme, cette marche veut lancer un message clair au gouvernement : la réforme scolaire est une erreur monumentale, et les élèves en souffrent du point de vue scolaire. « Avec chaque année de réforme, les élèves accumulent des retards. Nous n’enseignons plus les règles de base », explique Yves Parenteau, le responsable des communications pour la Fédération autonome des enseignants (FAE).

Les enseignants réclament un temps d’arrêt pour la réforme afin de la corriger, explique Jean-François Meloche, vice-président du Syndicat des enseignants de Soulanges. Il explique qu’avec la réforme, les élèves n’apprennent pas les connaissances de base, les élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA) régressent et les enseignants se retrouvent avec une charge de travail trop grande.
Résultats décevants
Plusieurs professeurs voient les élèves régresser depuis la réforme, et les résultats d’examens en sont la preuve. Selon le ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport, 10 % des élèves ne passaient pas l’examen de français en 6e année. En 2005, ce sont 17 % des élèves qui ne réussissent pas leur test de français. Les élèves de 4e année étaient classés 6e au monde en lecture. Maintenant, ils sont au 23e rang.

En mathématiques, les élèves sont passés du 5e rang au 14e rang au monde alors qu’en science, ils sont passés du 9e au 19e rang après la réforme.

« Nous avons des enseignants au secondaire qui voient des élèves qui ne savent pas qu’il faut mettre une majuscule après un point. C’est du jamais vu. C’est épouvantable », dit M. Parenteau.
Plus de redoublement
Obtenir la note de passage est devenu trop facile, dit la Coalition. « La réforme fait en sorte qu’à moins d’une catastrophe, les élèves obtiennent la note de passage », dit M. Meloche. « Le gouvernement dit qu’en faisant redoubler un enfant, nous nuisons à son estime de soi. En fait, nous nuisons à son futur, à son éducation. »

Les méthodes d’évaluation sont trop floues, et les parents et les enseignants ont de la difficulté à évaluer si les enfants maîtrisent chaque matière.

« Le pire problème est que nous camouflons les difficultés d’apprentissage des élèves », ajoute M. Parenteau. « Nous donnons l’illusion que l’élève est au même niveau que les autres. » Le choc vient après le secondaire, lorsque les étudiants se rendent compte qu’ils n’ont pas vraiment les connaissances pour poursuivre des études universitaires ou pour obtenir un emploi.

Le président de la FAE, Pierre St-Germain, estime que, si la réforme n’est pas arrêtée et modifiée, l’avenir de l’école publique est en danger.
Échec pour les élèves en difficulté
La réforme est davantage dommageable pour les EHDAA intégrés en classe régulière, estiment M. Parenteau et M. Meloche.

Les études démontrent qu’entre 86 et 90 % des élèves en EHDAA ont soit régressé ou n’ont pas évolué par rapport au reste des élèves depuis l’implantation de la réforme. « C’est un échec sanglant pour ces élèves », dit M. Meloche.

Il ajoute que les enseignants doivent maintenant faire de la différentiation pédagogique – le professeur doit s’adapter au niveau de chaque élève. « Les classes régulières sont rendues des classes d’adaptation scolaire », ajoute M. Meloche. Il dit que les élèves d’EHDAA peuvent être intégrés avec succès dans les classes régulières seulement si plus de ressources étaient offertes aux professeurs. Il est courant de voir 10 ou 12 élèves en EHDAA dans une classe régulière de 32 élèves. « Les professeurs font de leur mieux, mais c’est presque impossible. »
Changements espérés
La France et la Suisse ont abandonné leur réforme scolaire à la suite des importants résultats des élèves. Ces réformes sont semblables à celle du Québec.

La FAE et la Coalition ne veulent pas abandonner la réforme au complet. Plutôt, il faut repenser les changements négatifs. Les bons côtés de la réforme, comme l’enseignement coopératif et l’utilisation du portfolio et l’autoévaluation, sont des éléments qui peuvent être gardés, dit M. Meloche.

M. Meloche espère que le gouvernement écoutera les gens qui prendront part à la marche samedi. « Je suis enseignant depuis 24 ans et père de deux enfants », dit M. Meloche. « Je me questionne sur la société dans laquelle mes enfants se retrouveront si ça continue comme ça. Nous aurons une société sous-scolarisée. »

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