Entretien avec un soulier
Comme c’est devenu la coutume, un journaliste de Première Édition a voulu, de nouveau, en savoir plus sur la vie d’une des choses qui nous est la plus familière, en l’occurrence, dans notre tenue vestimentaire et j’ai nommé, les souliers. Sans eux, nos pieds auraient sûrement autant de corne qu’un rhinocéros ou qu’un bœuf musqué. Rendons-leur hommage et jasons un peu avec un soulier afin de savoir ce qui parvient à lui faire prendre son pied.
Journaliste : Allo, Monsieur le soulier !
Soulier : Yellow ! C’est toi le gars qui fait de l’esprit de bottine. On va bien s’entendre.
J :Comment allez-vous ?
S :Ah ! Vous savez, on a tous des hauts et des bas. Moi, c’est surtout des bas. En tout cas, je me sens mieux qu’à l’époque où j’étais en magasin, alors qu’on nous disait toujours de fermer notre boîte.
J :Mais pour le reste, ça marche ?
S :Mets-en !
J :Je sais que les souliers sont toujours en couple. Parlez-moi de vos relations, de votre partenaire.
S :Oh ! J’en ai connu bien d’autres avant elle. Une sandale par exemple. Elle, j’la trouvais gougoune. Je l’ai d’ailleurs laissée tomber parce qu’elle ne voulait pas s’attacher. Et puis, elle ne voulait pas non plus que je l’embrasse sur la babouche. Quand j’ai osé essayer, elle m’a foutu une paire de claques. Remarque, c’est mieux que de me faire une savate. J’aurais été dans le cirage un bout de temps. La conseillère matrimoniale qu’on a consulté, une dame Petitpas, nous a dit : « Il faudrait que vous « cordonnier » vos goûts et préférences. » Plus tard, j’ai essayé avec botte de cowboy, mais je la voyais toujours venir avec ses gros sabots. En plus, elle était à cheval sur les principes, malgré qu’elle ait été empreinte de bonnes intentions. Je suis aussi tombé en amour avec une pantoufle de phentex, « Hélaine » qu’elle s’appelait. Mais elle passait toujours ses journées en dessous du lit avec les moutons.
J :Vous avez fait affaire avec une agence de rencontres à ce qu’il paraît ?
S : Oui. Ils m’avaient dit qu’ils m’aideraient à trouver « lame » sœur. Ils m’ont finalement « matché » avec un patin.
J :Et ensuite ?
S :Après avoir fréquenté une bottine de ski, qui avait toujours mal aux côtes, une relation qui d’ailleurs glissait vers une mauvaise pente, j’ai finalement trouvé chaussure à mon…heu, j’ai finalement trouvé la bonne pointure. Celle que j’ai maintenant, elle « semelle » de ses affaires, même si parfois elle me « galoche » des insultes et me tire la langue. Je l’agace continuellement, mais je sais, de par ses origines, qu’Aldo large. Pour me faire pardonner, je lui offre des œillets… en oubliant toujours qu’elle en a déjà.
J :Vous avez participé à un concours pour le pied le mieux habillé ?
S :Oui, mais c’est un homme-grenouille qui a remporté la palme.
J :Il paraît que vous avez fait des économies ?
S :Un soulier, c’est toujours plus confortable avec un bas de laine. Mais il arrive qu’il faille délier les cordons. Il faut bien que je « boucle » mon budget.
J :Vous aller pouvoir prendre des vacances ?
S :Oui, je vais pouvoir me délacer un peu.
J :Des émissions favorites à la télé ?
S :J’aimais bien 4 et demi, les spectacles de la Bottine souriante. À une certaine époque, j’ai adoré « Espadrilles sous-marines et « The Love Boot ». Je raffole de la télé, mais je pitone aussitôt qu’ils passent des accu-messages.
J :Et au cinéma ?
S :J’adore les films de Godillot.
J :Godzilla, vous voulez dire ?
S :Ouan, le monstre japonais, là.
J :Quel métier auriez-vous aimé pratiquer ?
S :”Pompied”, sans doute. Mais parlant de faits d’hiver, tu sais, dans les actualités, on ne cesse de parler de kidnapping. Nous, on se fait enlever tous les jours, et on ne fait pas la manchette pour ça.
J :Des choses que vous aimez particulièrement ?
S :Achille Talon, le Chat botté et les randonnées pédestres. C’est l’occasion pour nous de rester dans le gardrobes…grades de robes…le… et que j’haïs ça m’enfarger.
J :Des choses que vous détestez ?
S :Le soccer, les escaliers, me faire demander : « Un chausson avec ça ? » sans oublier les danses à claquette, les gigues, la corde à danser. Pas fou du pied d’athlète non plus.
J :Regrettez-vous de ne pas pouvoir manger ?
S :Non ! De toute façon, à mon âge, si j’avais des dents, elles seraient probablement déchaussées.
J :Votre plus grand souhait dans la vie.
S :Que mes enfants puissent suivre mes traces.
J :Une anecdote en terminant ?
S :Un jour, je suis allé voir Hydro-Québec pour avoir le droit de ne plus payer d’électricité comme les Mohawks. Je leur ai fait croire que j’avais du sang de mocassin. J’ai frappé un nœud, finalement.
J :Merci, M. le soulier.
S :Pas de quoi mon homme, je suis toujours disponible, au pied levé, ça c’est une « chose sûre ». Et comme dirait mon cordonnier, passe une bonne fin de semelle.