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Entretien avec un arbre

Stéphane Fortier par Stéphane Fortier
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Article mis en ligne le 29 janvier 2008 à 15:41
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Entretien avec un arbre
Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’un arbre pourrait raconter à un journaliste s’il était interviewé ? Plus la peine de se le demander, c’est chose faite.

Journaliste : Bonjour, monsieur l’arbre !

Arbre :  !

J : J’ai dit : BONJOUR MONSIEUR L’ARBRE !

A : Han ? De quosséquoia ? Tu m’réveilles, j’dormais comme une bûche. Puis en plus, va falloir que tu parles plus fort mon jeune, j’suis un peu dur de la feuille.

J : Ça commence bien. Monsieur l’arbre, d’où êtes-vous originaire ?

A : De la Nouvelle-Écorce. Je suis donc canadien de souche. J’suis arrivé ici, j’étais encore un p’tit fouette. Avant d’arriver à Vaudreuil, on parlait de me planter sur le campus de l’UQAM. Vous savez j’aurais pu étudier à l’université. Mais je n’aurais pas su quelle branche choisir. Peut-être la billot-logie. Et puis, l’université, c’est beaucoup de bouleau même si je suis certain que je me serais classé parmi les pommiers. Chose certaine, si j’avais été un érable, j’aurais pas pu aller à l’école, j’aurais coulé chaque printemps.

J : Vous aimez finalement l’endroit où vous vous êtes enraciné ?

A : Jusqu’à maintenant oui, je touche du bois. J’aurais peut-être aussi aimé Pointe-aux-Trembles, ou j’y avais des pruches parents, mais bof ! Au moins, j’ai pas l’impression de m’être fait passer un sapin.

J : Quel sorte d’arbre êtes-vous ?

A : Parce que j’suis obligé de me pencher pour te parler, j’pourrais t’dire que j’suis un peu…plier. Ah ! Ah ! Ah ! La pognes-tu ?

J : Mais encore ?

A : Si je te dis un bananier, tu me croiras pas, han ? Tout ce que je puis te dire, c’est que je sers de HLM aux oiseaux et que je suis un mâle.

J : Les arbres ont un sexe ?

A : Qu’est-ce tu pensais ? Avec quoi tu penses qu’ils font le papier ? Avec des pitounes, c’t affaire. Mais j’aime pas parler de ces choses-là. Je ressens toujours comme un mélèze.

J : Quel âge avez-vous ?

A : Près de cent ans. Mais nous les arbres, restons d’éternels adolescents. Au mois d’avril de chaque année, on se met à faire de l’acné.

J : Pendant votre long sommeil, vous arrive-t-il de rêver ?

A : Oui, je rêve que je suis un Hêtre humain et que j’ai des pieds au lieu de racines. Mais finalement, c’est pas un cadeau parce que je suis obligé de porter des souliers, pis quand je les attache, je fais toujours des nœuds.

J : Y-a-t-il des choses que vous détestez particulièrement ?

A : Les chiens, Tarzan, les pics-bois. Pas fou des bûcherons non plus.

J : Quel genre de musique préférez-vous ?

A : J’écoute de la Saule music à Cime FM.

J : Le plus beau moment de votre vie ?

A : Quand un arbre a touché pour la première fois le sol de la lune.

J : Un arbre ? Un astronaute vous voulez dire…

A : Non, un arbre. Souviens-toi de la phrase historique. C’est un petit pas pour l’orme…

J : Je sais aussi que vous regardez la télévision à cause de la vue imprenable sur la fenêtre de la maison qui donne sur le salon. Depuis toutes ces années, vous devez bien avoir apprécié une ou deux émissions ?

A : Je suis heureux d’avoir été planté cyprès de la maison et j’suis effectivement content que les propriétaires soient branchés avec Vidéo-tronc. Pour répondre à ta question, j’ai bien aimé la série Racines, mais certainement pas La scie.

J : Lassie, vous voulez dire.

A : C’est ça, la chienne, là.

J : Si vous pourriez le faire, que mangeriez-vous ?

A : Des tranches de Pin avec de la bière d’Épinette.

J : Je vois que vous êtes un peu écorché. Qu’est-il arrivé ?

A : Ça, c’est un tata de conducteur saoul qui m’a rentré dedans. J’ai eu beau lui crier Frêne, Frêne…

J : En terminant, comment voyez-vous votre avenir ?

J : J’espère ne pas finir dans un foyer, devenir du bois traité ou du bran de scie. Une table de salon peut-être. Ça meublerait mes soirées.

J : Merci, Monsieur l’arbre.

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