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Entretien avec une laveuse

Stéphane Fortier par Stéphane Fortier
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Article mis en ligne le 25 janvier 2008 à 15:21
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Entretien avec une laveuse
On la fréquente plus souvent que nos meilleurs amis. Ils connaissent des choses sur notre intimité que même notre conjoint(e) ignore, si l’on fait attention. N’empêche, jaser avec une laveuse, faut vraiment que votre journaliste de Première Édition soit un maudit malade pour oser même penser le faire. C’est pourtant ce qu’il a fait, le twit.

Journaliste : Bonjour madame la laveuse. Vous aimez votre métier ?

Laveuse : Washhh !

J :Ça va ? Vous avez l’air fatiguée.

L : Ça paraît tant que ça ? Maudits cernes. Faut dire que ça brasse pas mal ces temps-ci. En plus j’ai toujours la gorge irritée alors maintenant je prends des pastilles. Et hier encore, « Javel » moral pas mal bas. Parlant de bas, il est à toi celui-là ?

J :Des rumeurs veulent que vous soyez inscrite à l’université…

L : Oui, c’est vrai, à l’Université Lavage… heu, Laval à Québec. Mais j’envisage de ne faire que les deux premiers cycles.

J :Vous n’êtes pas trop âgée pour vous inscrire à l’université ?

L :C’est vrai que je ne suis pas un modèle récent, mais comme l’université, j’ai encore toutes mes facultés. Et puis, je connais bien le recteur qui est pas mal âgé lui aussi. J’oublie son nom, là… Ah ! Oui, Réal Zheimer, un ancien professeur d’ « arthrite-métique ». Non, sérieusement, ma plus grande crainte, c’est de couler. Mais toi qui a déjà étudié à l’université, as-tu un bon tuyau ?

J :Comme vous étiez là dans les années soixante, vous avez dû connaître la période Flower Power ?

L :Non, plutôt la période Arctic Power.

J :On m’a dit que vous avez été mariée ?

L :Oui. Avec un lave-vaiselle. La première fois qu’on s’est rencontrés, on est allés prendre un verre. Évidemment, les verres avaient des taches. Au moins, il était drôle. Avec lui, c’était des rires en Cascades. Mais t’as l’air d’avoir des problèmes avec ton magnétophone. Veux-tu que j’Tide ?

J :Non, non, savon, heu…ça va. D’autres relations ?

L :Un jour, j’suis partie sur la go avec M. Net. J’te dis que quand il conduit, lui, c’est toujours le pied au plancher. En hiver, le danger avec le verglas, c’est qu’on parte sur une « spin ». Je trouvais aussi qu’il aimait partir en vadrouille un peu trop souvent. Auparavant, j’avais connu un bas de nylon, mais je le trouvais trop collant. Et puis également un pantalon, mais je me retrouvais toujours avec des bleus partout avec lui. J :Pourquoi donc ? Il vous battait ?

L :Non, non , il oubliait toujours la monnaie dans ses poches. Une autre fois, c’était un pyjama, mais il était tout le temps sur le party. Ça fait qu’il passait souvent ses nuits sur la corde à linge. Finalement, j’ai été tentée par une paire de bobette, mais ses traces de break ont mis un frein à ma libido. Quant au chandail de laine, c’était Zéro. J’ai eu des amies de filles aussi. J’ai bien connu une blouse. Celle-là, une vraie tache. J’ai dû la faire partir. Je ne lui ai jamais pardonnée après tout ce qu’elle « Moffat ». Faut dire qu’avoir une relation avec moi, c’est pas reposant. On en sort complètement lessivé. Prendrais-tu un peu de cognac ? Non ? Ben, « Cheer », mon homme.

J :Vous avez bien connu des chécheuses, des chèseuses, des.., Ah, merde !

L :Les sécheuses, tu veux dire ? Eux autres, les « Downy » sécheuses, y m’énervent, même si en général, on forme une bonne combinaison. Tous les matins, elles font des exercices d’assouplissant. Le trois quart du temps, elles sont dures de la feuille. Et en plus, elles adorent les films de James Bounce et la série Fluffy contre les vampires.

J : Et vous qu’est-ce que vous aimez ?

L : À Noël, j’aime écouter « Laver Maria » et le reste du temps, regarder les « Soap » à la télé.

J :Des choses que vous détestez ?

L :Les taches de moutarde. Les poêles et les lave-vaisselle qui s’appellent « Frigidaire » et aussi, quand vous oubliez d’enlever vos maudites guénilles mouillées qui finissent par sentir le moisi.

J :Vous avez une famille ?

L :Pour laver son linge salle, c’est toujours pratique une famille. Je me souviens de ma mère qui sortait de la coiffeuse avec seulement deux rouleaux sur la tête. C’était tordant, mais quand elle était fâchée, elle nous passait dans le tordeur. Mon arrière-grand-mère, elle, était mince comme une planche. Mais ne me demande pas d’où elle est « tissu ». Il y a aussi ma belle-sœur qui est une sécheuse au gaz. Elle, j’la trouve péteuse. Elle a refoulé beaucoup d’émotions dans sa vie, pas juste des pantalons.

J :Aimez-vous les sports ?

L : J’aime le polo. J’aime bien aussi le coureur automobile Alexandre « Maytagliani ». Tu sais que je serais une excellente gardienne de but au hockey. Réussir des blanchissages pour moi, c’est pas un problème.

J :Parlons politique. Séparer le Québec du Canada, est-ce envisageable ?

L :Oh ! Moi, ça me laisse plutôt tiède. Il est plus important de séparer le blanc de la couleur. En passant, le pire pour une laveuse, c’est d’être daltonienne.

J :Et bien vous voyez madame la laveuse, c’était « clean » comme entrevue, non ? Vous accepteriez d’en faire une autre dans le futur ?

L : Sèche !

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