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Entretien avec un manteau d’hiver

Stéphane Fortier par Stéphane Fortier
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Article mis en ligne le 7 décembre 2007 à 10:29
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Entretien avec un manteau d’hiver
L’hiver est là et nous avons déjà extirpé nos gros manteaux de nos placards et les portons depuis plusieurs semaines. Mais pensez-vous que c’est drôle pour un manteau de passer de longs mois chauds et humides dans un lieu clôt durant trois saisons ? Un manteau d’hiver a bien voulu accepter de témoigner.

Journaliste : Bonjour, monsieur le manteau ! Vous êtes enfin sorti vos quartiers d’été?

Manteau : Ouais. Il était temps. Quand le printemps arrive, je commence à me sentir un peu renfermé. Tu sauras que c’est pas drôle de passer l’été avec de vieux kleenex dans les poches. Des fois, on a le goût de crier « Housse » secours. Surtout que j’ai peur du noir. En passant, pour moi, sortir du garde-robes, ça ne veut rien indiquer sur mon orientation sexuelle.

J : C’est dur d’être un manteau ?

M : Ça dépend. Les trois quarts du temps. Parfois, je trouve qu’on manque de support. En plus de se faire constamment fouiller, on fait de l’acné en permanence. M’as-tu vu la série de boutons, toi ? Quoique, à bien y penser, en bout de ligne on finit par s’attacher. Remarque, moi je suis chanceux, j’en connais qui se sont fait fourrer. Mais tu sais, on peut se venger. Prends mon propriétaire. Lui, je l’ai fait suer. Au fond, c’aurait pu être pire. J’aurais pu être un manteau de cheminée et j’aurais cité des niaiseries du genre : « Je pense, donc je suie. » Moi, je suis un simple manteau d’hiver et c’est irréversible. Nous, les manteaux, nous « vison » toujours le maximum, même si parfois on pense que c’est « fichu ». Je me dis en moi-même : « Tuniqu’un manteau bien ordinaire ». C’est ce qu’il faut retenir pardessus tout.

J : Vous semblez en avoir beaucoup sur les épaules.

M :Bah ! Surtout des pelicules pis des cheveux.

J :Auriez-vous aimez vous instruire, allez à l’école ?

M : Les cols de quoi ? Ah ! L’école. Non, de toute façon, en tant que manteau d’hiver, j’aurais sûrement doublé. Capuche un peu l’affaire ? Non, celle-là est un peu décousue.

J : Avez-vous déjà voyagé ?

M : Je suis déjà presque monté jusqu’à La Tuque. Je rêve de l’Australie à cause des kangourous. Je trouverais ça poche de ne pas pouvoir y aller un jour.

J : Vous semblez en avoir beaucoup sur les épaules.

M : Surtout des pellicules pis des cheveux.

J : Aimez-vous le sport ?

M : J’aime bien le baseball, mais après deux manches, j’en ai assez. Et non finalement, je n’aime pas le baseball.

J : Pourquoi donc ?

M : Oublie pas que les joueurs utilisent des mites.

J : Pratiquez-vous des sports ?

M :J’aurais aimé jouer au tennis. Pour faire des cous droits, je me débrouille assez bien, mais je n’ai pas de revers. Ou encore de la boxe. Avec un bon crochet, tout est possible. Remarque que si j’avais pu faire du sport j’aurais toujours eu la même crainte.

J : Ah oui ? Quoi donc ?

M : Être suspendu !

J : Auriez-vous aimé pratiquer un autre métier ?

M : J’avais de belles dispositions pour faire un garde-coat. Ou encore du cinéma. J’aurais pas eu besoin de doublure. Ou encore travailler dans les clubs. J’aurais pu m’occuper du vestiaire.

J : Avez-vous beaucoup d’amis ?

M : Non, beaucoup d’habits. Tout un rack ! Il y a bien aussi quelques manteaux. Le problème, c’est que de ces temps-ci, ils filent pas tellement. Dans ce temps-là, je les appelle les malades manteaux. Ah ! Ah ! Ah ! Ils me répondent que c’est un tissu de mensonges. Ah ! oui. J’ai même eu une conjointe. Zibeline qu’elle s’appelait. Malgré son nom, c’était une dure à cuire. Peu de temps après que l’on se soit connus, elle est tombée en cintre. Mais elle était épuisante. À un point tel qu’à un moment donné, c’est sous les yeux que j’avais des poches. Heureusement qu’elle n’avait pas d’ongles sinon je serais devenu un manteau griffé. Je n’aimais pas non plus qu’elle me mante. Elle était aussi très collet monté. Plus tard, à l’occasion d’un voyage au Mexique, elle s’est poussée avec un Poncho. C’était pas tellement grave, parce que peu de temps après, j’ai rencontré une canadienne. Elle était drôle. Anorak…onté une couple de bonnes. Mais notre séparation a créé un imper. Dommage ! Zibeline avait de mosus de belles boules à mites.

J : Vous avez sûrement dû un jour aller au cinéma. Y a-t-il un film que vous avez aimé ?

M : Sûrement pas « Le Placard » en tout cas. Non, J’ai bien aimé les films de la Patères roses avec Peter Zellers. Il y eu aussi le téléroman Patère humaine, évidemment. On s’accroche à ce genre de stupidités. Quoique s’accrocher, cela peut être déchirant pour un manteau.

J : Et la musique ?

M : J’adore la musique blouse.

J :En terminant, comment voyez-vous votre avenir ?

M : Je pense bien finir mes jours à l’Armée du Salut, la Saint-Vincent-de-Paul ou La Source d’Entraide. Tant qu’on ne me recycle pas en manteau pour enfants. Je ne me vois pas passer l’hiver avec les manches pleines de morve.

J : Merci M. le manteau.

M : Y’a pas de quoi, mon homme. On se reverra manteau ou tard ! En attendant, je m’en vais jouer au perfecto. Chemise toujours sur le bon cheval.

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