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Homme de passion, homme de cœur

Il a choisi Hudson comme petit paradis

Stéphane Fortier par Stéphane Fortier
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Article mis en ligne le 7 décembre 2007 à 10:23
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Homme de passion, homme de cœur
Moment ultime dans une carrière d’entraîneur de hockey, lever la coupe Stanley au bout de ses bras. (Photo Club de hockey Canadiens.)
Homme de passion, homme de cœur
Il a choisi Hudson comme petit paradis
HUDSON – La première chose qui nous frappe lorsqu’on rencontre Jacques Demers, c’est sa grande gentillesse et sa simplicité. Lui qui revendique une feuille de route professionnelle des plus impressionnantes, il lui serait pourtant facile d’avoir la grosse tête.
Arrêtons-nous d’abord une minute pour souligner ses accomplissements en tant qu’entraîneur de hockey. Après avoir mené avec succès des équipes juniors au Québec, il a rapidement fait le saut chez les professionnels, au début des années 70, dans la défunte AMH (Association mondiale de hockey) où il s’est forgé une réputation d’entraîneur déterminé, respecté de ses joueurs, et capable de mener des équipes fort moyennes, disons-le, à des sommets plus que respectables. À la mort de l’AMH, Jacques Demers obtient sa chance de gravir les échelons dans la LNH (Ligue nationale de hockey), rêve de tout entraîneur, et à Québec avec les Nordiques, de surcroît. Il fait ensuite son chemin avec les Blues de St-Louis, ainsi que les Red Wings de Détroit où il remporte deux fois le trophée Jack Adams remis à l’entraîneur par excellence dans la LNH. Comble de bonheur, il est recruté en 1992 par l’équipe que tout entraîneur québécois rêve de diriger, les Canadiens de Montréal. Non seulement, réalise-t-il son rêve de coacher les Canadiens, mais en plus, il remporte la coupe Stanley à sa première saison avec l’équipe montréalaise. Le summum pour tout entraîneur, l’accomplissement ultime. Deux années plus tard, le rêve prenait fin et il était remercié par les Canadiens. « Avec le recul, j’aurais préféré remporter la coupe à ma deuxième année, ma carrière à Montréal aurait peut-être été plus longue », dit-il avec philosophie. Peu importe, il aura accompli des exploits que peu d’entraîneurs peuvent se vanter d’inscrire à leur palmarès.
L’origine d’une passion
Avant d’entreprendre une carrière d’entraîneur, Jacques Demers adorait déjà le hockey. L’ancien porte-couleurs des Canadiens, Floyd Curry, avait déjà été comme un père pour lui et il se rappelle des moments où M. Curry venait jouer au baseball au cours de la saison morte avec la bande d’amis de Jacques Demers. « Il a joué un rôle important dans ma vie, mais je te dirais, Stéphane, que ma passion pour le hockey a débuté en regardant jouer Henri Richard. C’était mon héros. Comme moi, il a dû faire face à beaucoup d’adversité. Il a longtemps joué dans l’ombre de son illustre frère, Maurice, et comme il était petit de taille, il a dû faire montre de beaucoup de détermination pour réussir », relate Jacques Demers. Henri Richard avait peut-être moins de talent que le Rocket, mais il avait la fougue nécessaire pour accomplir tout de même des exploits avec les Canadiens. Il s’est d’ailleurs retrouvé au temple de la renommée du hockey. « Des gens voient en moi ce que j’ai vu en Henri Richard à cause de la fougue que j’ai moi-même toujours démontrér. Henri a été mon inspiration dans le hockey, comme ma mère l’a été et l’est encore dans la vie en général », confie Jacques Demers. Quand ce grand bonhomme parle de sa mère, décédée trop tôt dans la jeune quarantaine, une femme qui a dû composer avec un mari alcoolique et violent, ses yeux deviennent à la fois humides et brillants. « Elle a fait preuve d’un courage extraordinaire et d’une détermination incroyable. Elle a été un exemple pour moi. C’était une sainte femme, une véritable héroïne, qui m’a appris à accepter et à affronter les difficultés de la vie. Si je suis une bonne personne, cette bonté me vient d’elle », affirme-t-il. Il avoue tout de même que, d’une certaine manière, s’il est considéré comme étant un homme bon, généreux et accessible, c’est étrangement aussi grâce à son père qui a montré l’exemple parfait de tout ce qu’il ne fallait pas être, de ce qu’il ne fallait pas faire à son prochain.
Un coach humain et respectueux
Quand M.Wilson Church, oeuvrant au sein du hockey mineur à Saint-Léonard, a fait remarquer au jeune Jacques Demers, travaillant à la fin des années 60 pour Coca-Cola, qu’il avait toutes les qualités pour devenir entraîneur, notre Hudsonnois d’adoption ne l’avait jamais vraiment réalisé avant. Il a ainsi vu une autre porte s’entrouvrir. Déjà fin analyste et stratège en la matière, Jacques Demers a décidé de faire le saut. Mais comment expliquer le succès qui a suivi ? « D’abord je dois dire que j’ai adoré coacher. Moi, qui suis un homme doux de nature, j’ai appris qu’il fallait être dur, mais j’ai en même temps toujours été juste, humain et respectueux. Et c’est ce que mes joueurs appréciaient sans doute chez moi. Je les traitais en homme, pas en enfants. Parfois, il m’est arrivé d’être trop sévère, mais en même temps, si tu es trop doux, tu te fais marcher dessus. Il faut un juste milieu », explique-t-il. Pour lui, le coach est aussi un vendeur et il doit croire en son produit.

Après son passage avec les Canadiens de Montréal, Jacques Demers a dirigé le Lightning de Tampa Bay et a même été directeur-gérant de l’équipe. « Lorsque le propriétaire m’a offert le poste, je savais bien que je ne pouvais pas le faire », dit Jacques Demers. On le sait maintenant, avec la parution du livre sur sa vie, Jacques Demers éprouvait de la difficulté à lire et à écrire et c’est sa détermination et sa grande intelligence qui lui ont permis de franchir toutes ces épreuves malgré ce handicap.

S’ennuie-t-il du coaching ? « J’ai tourné la page. Je n’ai jamais eu l’intention de m’accrocher. On mentionne toutefois encore mon nom pour un poste d’entraîneur. Encore dernièrement. Mais je suis passé à autre chose maintenant. J’ai eu une belle carrière et je suis vraiment choyé aujourd’hui puisque je travaille toujours dans le domaine du hockey avec RDS », justifie-t-il en ajoutant que diriger et motiver des millionnaires revêtent une dimension et un défi de taille pour les entraîneurs d’aujourd’hui.
Vivre à Hudson
Depuis la publication de son livre, particulièrement, Jacques Demers est en demande partout au Canada pour donner des conférences. Il adore rencontrer les gens, les jeunes en particulier, et leur fait part de son cheminement et leur prodigue des conseils. Lorsque des jeunes lui font une demande, comme un jour où un amateur de la Colombie-Britannique lui a demandé une photo de Saku Koivu, il a quitté en se disant qu’il exaucerait son vœu, ce qu’il a fait. Jacques Demers est un homme généreux, il aime les gens et est toujours prêt à aider, dans la mesure du possible, bien sûr. Homme de cœur, il a été fort attristé par des événements comme la mort de la petite Bianca Leduc et le triste sort de Patricia Jolicoeur à Saint-Lazare. Aujourd’hui, Jacques Demers écoule des jours heureux avec son épouse, Debbie, dans leur résidence d’Hudson qu’ils habitent depuis deux ans, à deux pas du club de golf Whitlock. Cela tombe bien, le golf est une autre de ses passions. « C’est à Hudson que je veux finir mes jours. C’est notre chez-nous pour toujours. J’aime la tranquillité, le côté champêtre. C’est unique Hudson, et lorsqu’on est une personnalité publique, c’est un coin idéal. Les gens y sont très discrets. En général, la région de Vaudreuil-Soulanges est magnifique », croit-il.

En attendant, Jacques Demers poursuit sa carrière comme analyste à RDS, est fort apprécié du public et il se dit fier de ses enfants et ses petits-enfants, de son petit frère et ses petites soeurs. Il est heureux, il aime voir les gens heureux autour de lui et y contribue. De plus, sa maman veillera et inspirera toujours son petit Jacques jusqu’à la fin de sa vie qu’on lui souhaite longue et remplie de bonheur. Il le mérite bien.

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