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Notre identité se sent-elle menacée?

Article mis en ligne le 23 novembre 2007 à 20:15
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Notre identité se sent-elle menacée?
Puisque chaque conflit fait toujours de l’autre un ennemi caractérisé par sa différence, les conséquences relatives à nos actions à l’égard de cet ennemi ont pour effet de rehausser l’intensité de son sentiment de vengeance. À la suite des attentats du 11 septembre, l’invasion en Afghanistan nous paraissait inévitable. Nous ne pouvons donc ignorer le fait que la vengeance ait servi à justifier l’intervention militaire qui alimente encore aujourd’hui le foyer conflictuel qui oppose les terroristes aux soldats de la coalition.

Les différences de l’autre ne se dressent contre nous qu’à condition que nous y opposions notre propre différence. Cette résistance à l’égard de l’autre apparaît, à mon sens, comme une volonté d’uniformisation entre les mains d’une majorité. C’est en quelque sorte l’effet pervers de la démocratie. Vouloir abolir les différences est le mandat selon lequel la démocratie tente d’harmoniser l’ensemble par la diminution grandissante des différences. Sans le sens critique aiguisé de ses citoyens, la démocratie se métamorphose rapidement en démagogie. Pour éviter cette triste transformation les différences doivent absolument obtenir le droit à l’existence. Si elles sont confrontées à leur extinction, elles érigeront des forteresses qui auront pour effet de transformer en ghetto davantage les nouveaux arrivants et de rendre les Québécois de souche de plus en plus individualistes.

Les différences ne sont qu’émissaires de l’identité. La nécessité enseigne que la seule possibilité pour une identité est d’aspirer à l’existence, or, dans une société libre, les identités ne doivent pas se dresser les unes contre les autres, mais plutôt se consolider entre elles en une œuvre collective. Cette œuvre collective est notre devenir, un devenir dont l’élément actif devra être l’ « ouverture », sans quoi nous ne cesserons d’engendrer des conflits inutiles. Le danger de continuer à entretenir de tels conflits est la menace de représailles, c’est ce que la vengeance perpétue éternellement.

L’erreur ne réside pas dans la différence elle-même, mais dans la volonté d'uniformiser. Cette réaction engendre les conflits en faisant abstraction de sa propre différence, elle finit toujours par se perdre dans l’oubli, un oubli sans autres préoccupations que la victoire du plus fort, c’est-à-dire celle par laquelle l’uniformisation est reine. L’œuvre de la volonté est le projet d’une machine universellement efficace. Elle vise un tout où chacun intervient au mieux de sa connaissance. Dans ce contexte l’homme deviens à la fois objet et sujet du projet collectif. Il perd son identité propre et ne croit plus qu’en l’utilité des éléments collectivement actifs. Cette perte identitaire, que l’on pourrait qualifier de crise identitaire, est l’un des problèmes que rencontre notre démocratie. Elle tente d’éliminer les sources qui alimentent les conflits en ciblant les différences comme des causes potentielles aux conflits. Cette conception de la collectivité repose entièrement sur l’équilibre entre les éléments, un équilibre axé sur le mimétisme et non sur le débat créatif. L’art de vivre devient un art mimétique sur lequel est fondé l’apprentissage de l’identique. Cet apprentissage n’interpelle plus le créatif, mais l’efficacité puisqu’il répond à des attentes prédéterminées. La valeur est accordée à celui qui perpétue l’efficacité. Mais quelles sont les limites de cette efficacité ? De quel droit détermine-t-elle la moralité.

L’efficacité est un concept d’après lequel on évalue le produit selon des critères établis préalablement. Si le produit ne correspond pas aux attentes escomptées, alors le processus de production est remis en cause sans investir davantage le processus lui-même. L’efficacité comme tout concept délimite une sphère d’application et exclut ce qui ne correspond pas à son champ d’application. Son intention est toujours l’augmentation de la productivité. Le seul objectif de la commission Bouchard-Taylor est cette même intention, car tout conflit est un frein à l’efficacité.

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