Des étudiants visitent les vétérans de l’hôpital Sainte-Annedans le cadre de l’un de leurs cours. (Bianca Diorio)
Cours avec le Collège Macdonald et John Abbott
Une visite aux vétérans
Chaque semaine, des jeunes visitent les vétérans de l’hôpital des anciens combattants de Sainte-Anne-de-Bellevue, où ils y reçoivent une leçon de vie toute spéciale.
« Être en contact avec des vétérans est une excellente leçon pour les étudiants », explique Juan Cargnello, le psychologue qui organise les visites à l’hôpital. « Les vétérans ont une sagesse qu’ils peuvent transmettre. Il est aussi important d’inclure ces vétérans dans notre société. »
Près de 150 étudiants visitent l’hôpital chaque année en guise de cours. Cette initiative existe depuis 1974, année où le doyen de John Abbott a décidé d’intégrer l’aspect communautaire dans le programme scolaire. « Il croyait que l’éducation devait être faite dans la communauté, pas seulement dans l’école », dit Juan Cargnello.
Les étudiants sont jumelés à un vétéran. Certains vétérans ont des pertes de mémoire, certains sont en fauteuil roulant, d’autres sont plus mobiles. « C’est un engagement social qui permet d’améliorer la vie de ces vétérans. »
Les étudiants passent quelques heures à faire des activités avec les anciens combattants. « Ils peuvent discuter, écouter de la musique, participer aux activités de groupe, faire une marche. »
Un étudiant jumelé à un vétéran sourd et se déplaçant dans un fauteuil roulant, cherchait une activité qui leur conviendrait. Il a découvert que son vétéran adorait la musique classique. Donc, l’étudiant l’a mené chaque semaine dans une salle où il a fait jouer de la musique très forte pour que le vétéran puisse l’entendre. « C’était simple, mais ça faisait le bonheur du vétéran », dit M. Cargnello.
Apprentissage
Les étudiants passent trois à quatre heures à l’hôpital chaque semaine. Au début, les psychologues leur donnent un cours pour mieux comprendre le vieillissement, les maladies cognitives et l’alzheimer. « Ce n’est pas facile d’accepter la réalité et les difficultés que vivent les vétérans à l’hôpital », dit M. Cargnello.
Certains vétérans, en plein conversation, revivent des moments de la guerre. Un vétéran demandait toujours à son étudiant d’aller au deuxième étage pour attendre le train. « Ils apprennent à développer une relation avec les vétérans, même s’ils ont des pertes de mémoire ou l’alzheimer », dit le psychologue.
C’est aussi un moment pour discuter de la mort, un sujet souvent difficile à vivre. « Il nous arrive qu’un vétéran meurt au cours de l’année. Si c’est le cas, nous discutons avec l’étudiant et avec la classe. C’est un apprentissage sur ce qu’est la vie. »
Les vétérans adorent les visites, dans lesquelles ils apprennent à connaître une autre génération et d’autres cultures. « Il y a un des vétérans qui demande toujours d’avoir un étudiant provenant d’une autre culture. Il se dit que c’est sa façon d’apprendre à propos du monde », dit M. Cargnello.
Plusieurs anciens combattants adoptent les étudiants comme leurs propres petits-enfants. « Ils demandent toujours aux infirmières quand les jeunes viennent », dit M. Cargnello. Il ajoute que ces visites encouragent les vétérans à mieux socialiser entre eux après le départ des étudiants. « Les étudiants les amènent dans des activités de groupe où ils apprennent à se connaître. Ils forment des liens d’amitié entre les vétérans. »
De plus, après chaque visite, les étudiants écrivent un courriel au département de psychologie pour décrire leur visite. « Ils nous disent ce qui était bien, ce qui n’allait pas, si le vétéran était de bonne ou de mauvaise humeur », explique Juan Cargnello. « Nous pouvons ensuite aviser les infirmières s’il y a quelque chose d’important. » À la fin du cours, chaque étudiant fait une présentation pour décrire son expérience à l’hôpital. Les commentaires sont toujours élogieux. En fait, il est souvent difficile pour les étudiants de John Abbott de s’inscrire au cours, puisqu’il est toujours rempli à pleine capacité.
Le programme est unique en son genre et a été reconnu il y a trois ans pour son innovation par l’Association des collèges communautaires du Canada. Juan Cargnello croit que cette activité améliore les facultés cognitives des vétérans. « Peut-être un jour nous pourrons faire une étude pour démontrer de façon scientifique ce que nous savons déjà : que ces visites ont un effet très positif sur la qualité de vie. »