L’évêque du diocèse de Valleyfield, Mgr Luc Cyr. (Photo Daniel Cuillerier)
Changement de saison pour l’Église
Entrevue avec Mgr Luc Cyr
Au dire même de l’évêque du diocèse de Valleyfield, Mgr Luc Cyr, l’Église est dans une période de changement de saisons. Mgr Cyr va même jusqu’à parler de traversée du désert. Au cours d’une telle transition, il arrive qu’il y ait des grippes et des rhumes à confronter et à soigner. Notre région ne fait pas exception, en ce sens qu’elle vit des réalités qui obligent nos paroisses à se transformer.
Première Édition: Plusieurs églises dans la région de Vaudreuil-Soulanges sont en mauvais état? Que peut faire le diocèse?
Évêque: D’abord je dois préciser qu’à ce chapitre, nous possédons un patrimoine extraordinaire, mais il est lourd à porter. Les communautés chrétiennes doivent se demander qu’est-ce qu’on fait? Devrait-on mettre tous nos avoirs dans ces bâtiments? Nous sommes un peu pris entre la conservation du patrimoine et notre mission. Les gens sont très attachés à leur église, mais en même temps, on a tous des besoins et ils sont très grands. Ce qu’il faut vraiment se demander, c’est à quel point les paroissiens sont prêts à investir pour sauvegarder leurs églises?
P.E.:N’est-il pas désolant de devoir fusionner des paroisses et de vendre des églises?
E: Le regroupement des paroisses faisait partie de notre plan d’action. Notre but n’était certainement pas de fermer des églises, mais cela prend des ressources humaines pour les faire fonctionner. Si nous en disposons, il n’y a pas de problèmes. Il y a aussi le fait que les gens prennent leurs distances envers leur église. Si nous nous départissons de certaines églises, il faut que ceux qui s’en portent acquéreurs gardent en mémoire que ce sont des églises catholiques. L’histoire de ces églises se doit d’être respectée, de même que tout ce qu’elles représentent.
P.E.:Quelle est votre opinion à propos de la Commission sur les accommodements raisonnables?
E:Tout d’abord, je considère que les nouveaux arrivants sont un enrichissement important pour notre société. À l’occasion de cette consultation, qui prend une allure surprenante, on met trop l’accent sur ce qui ne va pas, je trouve. Toutefois, il ne faut pas négliger notre réalité historique. L’Église a joué un rôle important dans notre société. Plusieurs personnalités marquantes sont issues de nos collèges catholiques. Des gens nous arrivent avec leur passé en héritage, ce qui semble porter nos gens à se redéfinir.
P.E.:Et les crucifix que l’on veut décrocher de toutes les écoles et autre lieux publics, comme le parlement?
E:Je crois qu’il y une certaine incompréhension sur notre passé. Bien sûr, tout n’a pas toujours été parfait à une certaine époque où l’Église jouait un rôle prédominant. Il y a une certaine mentalité qui veut tout oublier, tirer un trait sur le passé. Il y a un paradoxe dans cette entreprise. On s’oppose à un dogme et la démarche de ces gens devient elle-même un dogme.
P.E.:Et la pénurie de prêtres?
E:Le Christ est notre bien essentiel, le cœur de tout. Le prêtre joue un rôle essentiel, oui, et heureusement, il n’est pas seul. Il a une équipe pastorale composée de gens du milieu, des hommes et des femmes qui sont des références dans la communauté. Au manque de prêtres, qui est une réalité nord-américaine, il faut bien le dire, même auprès de l’église anglicane, il faut répondre par une pastorale de vocation. À plus long terme, il faut songer à aller chercher ces prêtres à l’extérieur. Déjà, dans notre diocèse, nous en avons qui proviennent de l’étranger, notamment l’Amérique latine.