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Histoires animales

Patrick Richard par Patrick Richard
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Article mis en ligne le 28 septembre 2007 à 22:30
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Histoires animales
Yacks broutant au pied de l'Himalaya.
Histoires animales
Les animaux d’ici sont bien beaux, bien gentils et surtout, bien nourris. Quand on voyage un peu, on remarque le paysage, les gens, l’architecture et bien sûr, les animaux! Transportons-nous ailleurs, en Inde tenez, pour comparer les amis poilus d’ici avec ceux de là-bas.
Les chiens
Ils sont aussi nombreux que les vaches et maigres comme des piquets. Un chien sur 1000 ressemble à un chien, les autres sont absolument laids. « Évachés » (« échiennés »?) par terre, ils paraissent morts et certains le sont sûrement. La compétition est féroce. Ici, on lutte pour la survie. Leurs nuits sont très mouvementées. Rares sont les moments d'accalmie où l'on n'entend pas une meute de chiens aboyer. Plusieurs survivent avec une patte brisée ou le souffle coupé. Il est aussi peu fréquent de voir un chien en santé qu'un Indien sans moustache (deux Indiens sur trois sont moustachus, les autres sont barbus). Les chiens indiens ont peur des chats. Leur vie est un long calvaire et les Indiens semblent peu affectés, trop occupés à leur propre survie. Ils leur arrivent même qu'ils soient frappés (les chiens) ... ou tués.

Sur l'ECC - l'échelle du choc culturel (1 représentant une adaptation parfaite et 10 un choc brutal) le chien québécois obtient un 9. Il maigrirait et mourrait au bout de 22 heures.
Les vaches.
Elles sont si nombreuses qu'on finit par ne plus les voir. Notre nez s'avère le sens le plus efficace pour nous rappeler leur présence Elles bloquent la circulation, cognent aux portes, meuglent sous la fenêtre de nos chambres et se soulagent allégrement dans la rue pour créer des obstacles que le touriste averti s'amusera à contourner. Elles sont à tout le monde et à personne à la fois et se sont adaptées à manger un peu n'importe quoi: ce que les Indiens leur donnent (du manger mou) en passant aux déchets les plus inimaginables (comme des « frisbees » à l’effigie de Jésus). Elles sont quelque peu nonchalantes et font partie intégrante du paysage indien. Elles sont sacrées et représentent la source de fertilité par excellence. De nombreux planchers sont faits de bouse sèche et ne dégagent aucune odeur.

Sur l'ECC, une vache québécoise qui débarque en Inde obtient un 11.
Les oiseaux.
Leurs incessantes envolées rappellent l'ouverture de l'émission Dominique au début des années '80 (avec Dominique Michel gambadant dans un parc et Vincent Bilodeau dans le rôle du gars qui ne fait rien). Ils peuvent être très laids (mouettes) ou très beaux (perroquets) mais toujours très bruyants. Il y en a toujours un de perché à ta fenêtre pour caracouler comme un gorille en feu et qui te fait regretter de ne pas avoir apporté de carabine. Ils sont partout, surtout dans les airs, et habitent tous les plus beaux monuments de l'Inde (temples, mosquées, forts, ruines, etc.) On en retrouve parfois morts, perchés, l'aile accrochée dans un fil d'acier, séchant, suspendus dans le vide, ou poussés en bas du nid par la mère. Ici encore, comme partout ailleurs, c'est une question de survie.

Sur l'ECC, un oiseau québécois obtient un 3. Un ciel est un ciel, qu'il soit bleu ou brun. Sa plus grande crainte: les singes.
Les singes.
Les Indiens les aiment au point d'en avoir faits un Dieu: Hanuman. Ils sont soient absents ou trop nombreux. Un singe en cache dix autres. Ils se déplacent le plus souvent en groupe et ne connaissent pas la gêne. Ils grimpent sur les semi-toits des restaurants, sur les balcons des hôtels et prennent un malin plaisir à vous faire prendre de mauvaises photos. Ils dévisagent souvent avec crainte en se disant, peut-être, que nous leur ressemblons, en plus laids. Comme les Indiens, ils mangent avec les mains et font parfois leurs ébats amoureux au su et au vu de tous. Ils ont d'étranges ressemblances avec l’humain, particulièrement avec ceux qui ont du poil dans les oreilles.

Sur l'ECC, un singe québécois obtient assurément un 2, trop content de quitter le zoo pour ce qui reste de la nature indienne.
Les salamandres
Ces toutes petites créatures de la famille des reptiles peuplent la grande majorité des chambres d'hôtel indiennes, même les plus chères. Être solitaire, elle se déplace très peu et recherche les coins ombragés. Elle longe les murs et les plafonds comme le ferait un habile crocodile, en plus petit. Très peu dangereuse, elle a peur de son ombre et constitue un excellent compagnon à qui les noms George et Gaston font comme un bas. Lancée en bas d'un troisième étage, ses chances de survie sont quasi nulles.

Sur l'ECC, une salamandre obtient .... Existe-t-il des salamandres québécoises?
Les chèvres.
Au moment de la création, Dieu était assurément en pause lorsqu’est venu le temps de créer la chèvre. Cet animal d'apparence inutile et peu futé se fait un devoir d’être à la bonne place au mauvais moment, particulièrement au milieu de la rue quand l'autobus dans lequel tu essaies de dormir a enfin trouvé sa vitesse de croisière. Elles sont tout le temps perdues, ne semblent jamais savoir par où aller, d'où la nécessité d'un berger pour les accompagner. Celles que l'on croise seules, en sortant de son hôtel, font de bonnes compagnes pour prendre un taxi ou un « rickshaw » (voiturette à trois roues fort populaire en Asie). Courir après une chèvre est un plaisir presque aussi intense que de rêver au prochain verre de lait froid que nous allons boire dans un pays où le lait froid est aussi rare qu’une chèvre intelligente.

Sur l'ECC, la chèvre québécoise obtient un 0, elle ne se rendrait compte de rien.
Les éléphants
Quand on est habitué d'en voir, la vue d'un éléphant gambadant dans la rue n'a plus rien de surprenant. Avec le chameau, il est certainement l'animal qui vous rappelle le plus que vous n'êtes plus au Québec à pelleter de la neige, mais en Inde. Lui aussi vénéré (Ganesh), il représente la chance, tant qu'on se trouve dessus et non dessous. Ils sont très souvent décorés et que Dieu protège le premier humain qui a tenté de domestiquer ce mastodonte.

Sur l'ECC, un éléphant québécois obtiendrait un 2. Il serait probablement content de revenir dans son pays, mais trouverait le voyage long et pénible.
Les chameaux.
Bien qu'ils soient présents en grand nombre au Rajasthan (province au nord-ouest), en croiser un dans la rue est tout aussi peu naturel que de boire de l'eau bien froide ou de manger des toasts bien chaudes en Inde. Animal d'une certaine élégance, qui supporte mieux la chaleur que le phoque, il affiche une mine déconcertante et se comporte comme un être qui a atteint la perfection. Il mâche constamment, boit peu et on pourrait jurer que ses pattes brises quant il s'assoit. Fier, il se promène la tête bien haute et est capable de faire ses besoins en marchant. Le chameau n'aime pas se faire renifler l'arrière-train pas un confrère. Il possède enfin une protubérance au milieu du dos.

Sur l'ECC, Yvan, le seul chameau québécois, obtient un 6. Yvan est maintenant bien adapté aux hivers québécois.
Les mouches.
Bestioles capables de vous faire sacrer dans des langues inconnues, les mouches représentent autant de plaisir qu'au Québec au printemps, avec des colonies de millions de membres aux quatre coins de l'Inde, autant l'Inde extérieur qu'intérieur. Chaque piqûre de maringouin vous fait craindre le pire car ici, elles tuent (un peu). Les abeilles sont particulièrement obèses et les mouches à chevreuil sont appelés, ici, mouches à vache. Bien qu'essentielles dans la chaîne alimentaire, je ne pleurerais par leur élimination complète de la surface de la planète. Avec les Indiens, les mouches constituent la principale cause des impatiences des touristes impatients.

Sur l'ECC, la mouche québécoise obtient un 1, la note parfaite, trop heureuse de quitter à jamais la rigueur de l’hiver.
Les castors
Le castor a quitté le sous-continent indien peu après la dernière glaciation (en -12 000) et n'a jamais retrouvé son chemin.

Sur l'ECC, un castor québécois quittant une bonne rivière fraîche pour le Gange à son point le plus pollué obtient un 10. Il mourrait avant même d'avoir entrepris la construction de son premier barrage (notamment parce qu'il n'y plus d'arbres).
Les autres
Parmi les autres animaux présents en Inde, il y a les ânes. Rien à dire à part qu'ils font hi-han comme partout ailleurs. Il y a aussi deux-trois chevaux qu'on se demande ce qu'ils font là, des paons qui semblent vouloir se suicider chaque fois que passe un train, des cochons qui bouffent la tête dans les vidanges (un cochon quoi), des sangliers sans Obélix (les Indiens sont petits), des moutons plus maigres qu'ailleurs et dont la laine ne sert à rien, des yak à 5000 mètres et plus d'altitude, des rats que vous espérez ne jamais rencontrer, des souris aux pieds de l'éléphant, des chats qu'on voit à travers tellement ils sont maigrichons, des poules qui pondent des œufs en caoutchouc et des coqs qui n'ont plus l'énergie de chanter, des poissons morts, exposés à la chaleur étouffante et aux mouches du marché, un espèce encore non identifiée qui penche la tête de gauche à droite en portant fièrement le poil en abondance sous le nez, et enfin, le touristum québécum qui se promène la tête rasée est celui qui se fait le plus dévisager au milieu de tous ces animaux.

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