Rétablir les faits
(En réponse à l’interview du maire de la municipalité de Pincourt M. Michel Kandyba)
(Cette lettre a été rédigée avant la publication des réactions du docteur Lalonde à la même entrevue)
En tant que médecin oeuvrant sur le territoire depuis 26 ans et représentant de Vaudreuil-Soulanges au Département de médecine générale de la Montérégie, je me dois de corriger les nombreuses inexactitudes soulevées dans cet article pouvant être préjudiciables. Nous sommes tout de même ravis que certains élus municipaux s’intéressent à ce problème majeur d’accès aux ressources médicales qui est présent depuis plus de dix ans, suite à des décisions politiques douteuses (réduction des admissions en médecine, mises à la retraite,…), dont les effets se font maintenant sentir au niveau des citoyens.
Premièrement, le Médicentre Pincourt n’est pas fermé, les 6 médecins en place continuent à suivre 5500 patients inscrits au GMF (Groupe de médecine familiale) avec l’aide d’une infirmière clinicienne du GMF. Il s’agit uniquement de la composante sans rendez-vous qui a cessé ses activités. Il était impossible de maintenir ce service sur une base continue dans le contexte du départ de deux médecins (maladie et décès) et celui-ci a été fusionné au service offert au Centre Médical Vaudreuil-Dorion. Cette action de concertation régionale a eu pour but de maintenir ouvert le GMF Médicentre Pincourt pour le suivi des 5500 patients, et d’assurer dans un lieu commun un service de sans rendez-vous plus constant, ouvert 7 jours par semaine, appuyé par un service de radiologie et avec majoritairement, 2 médecins de garde. Ce service médical sans rendez-vous implique la participation collective des médecins du GMF Médicentre Pincourt et du GMF Vaudreuil-Dorion.
Deuxièmement, depuis 26 ans, je n’ai jamais vu de périodes d’attente de 5 heures au sans rendez-vous à la clinique médicale de Vaudreuil-Dorion! Actuellement, la période d’attente est en général nettement diminuée depuis cette réorganisation, et les médecins sont moins épuisés malgré une charge de travail immense. Il y aura malheureusement, comme par le passé, des périodes de pointe comme partout ailleurs (exemple : le lundi matin). Cette situation n’est pas idéale dans le contexte où il faudrait ajouter plus de 17 médecins temps plein en première ligne pour atteindre la moyenne de la Montérégie qui est elle-même déficitaire. Mais il faut être réaliste. Malgré tous les efforts déployés, le début de correction des effectifs médicaux au Québec ne pourra pas se faire sentir avant 3 ou 4 ans et si les efforts se maintiennent (?), l’équilibre ne pourra être atteint avant 10 ans. Il faut donc avoir une vision d’organisation régionale structurée car, ni les petits groupes de médecins, ni les municipalités isolément ne peuvent trouver une solution globale à cette situation.
En 2007, la Montérégie n’a droit qu’à 28 finissants en médecine familiale (dont 4 pour Vaudreuil-Soulanges), et ce nombre sera probablement le même pour les deux ou trois prochaines années. Cette distribution est rendue nécessaire pour l’équité envers les autres régions tout aussi déficitaires. Ces médecins doivent combler principalement des postes dans les salles d’urgence des hôpitaux, à l’hospitalisation, au maintien à domicile, dans les centres d’hébergement, et en prise en charge dans les cliniques médicales et Groupes de médecine familiale (GMF)! Ceci explique notre grande difficulté au recrutement, malgré les efforts considérables faits par un comité de recrutement très actif depuis 3 ans et formé de médecins, de membres de la communauté et de ressources du CSSS de Vaudreuil-Soulanges. Des appuis supplémentaires des élus municipaux et de la population ne peuvent qu’être bénéfiques. Mais dans ce contexte difficile, où s’ajoute l’exode de nombreux finissants vers des provinces moins rigides dans la réglementation et nettement plus généreuses dans la rémunération, les résultats demeurent décevants.
Pour terminer, il ne faut pas agiter le spectre de l’hôpital comme étant la solution à tous les maux du système dans notre région. Je ne crois pas qu’il soit dans les plans du ministère de la Santé de construire à grand prix de nouveaux hôpitaux quand nous pouvons à peine faire fonctionner adéquatement ceux existants. D’ailleurs, le Centre hospitalier du CSSS du Suroît annonçait, il y a quelques jours, qu’il devra fermer de nombreux lits supplémentaires, dès cet été, à cause de la pénurie de personnel médical et infirmier. Il ne faut pas diluer la ressource mais mieux l’organiser. Des projets novateurs et réalistes devront être présentés et supportés par les décideurs pour améliorer l’accès aux services pour la population de Vaudreuil-Soulanges, en collaboration avec nos partenaires voisins (clinique réseau pour améliorer l’accessibilité, plateau technique pour investigation et intervention d’un jour, dialyse, etc.). Soyez assuré que malgré nos tâches professionnelles énormes et l’épuisement des effectifs, nous tentons de faire avancer ces projets et de maintenir, le plus adéquatement, les services avec les ressources disponibles dans un esprit de concertation. Il n’y aura pas, malheureusement, de solutions à court terme, mais à moyen terme, il faut organiser les services de santé de la région pour les rendre attirants pour les futurs professionnels de la santé.