Ce n’est pas la capitulation du souverainisme
Pour plusieurs, les résultats de l’élection provinciale du 26 mars marquent une grande victoire pour les soi-disant nationalistes de l’Action démocratique du Québec. Pourtant, la percée de l’ADQ doit faire sourire plus d’un fédéraliste. Je pense, par exemple, à Jean Chrétien, et à tous ces libéraux qui ont travaillé avec tant d’ardeur du temps où ils détenaient le pouvoir pour nuire au Parti québécois et pour salir la légitimité de son projet. Aujourd’hui, le Parti conservateur de Stephen Harper récolte sereinement les fruits du labeur acharné du gouvernement Chrétien pour casser les reins de la société québécoise et de son parti le plus audacieux.
La marginalisation tranquille du PQ du portrait politique québécois n’est pas apparue du jour au lendemain avec l’élection d’André Boisclair comme chef du parti, c’est un long déclin amorcé après le vol du référendum en 1995. Depuis, chaque élection devient l’occasion pour le PQ d’un recul supplémentaire, tant en terme de députation que d’appui populaire et, malheureusement, le sursaut nationaliste causé par les audiences publiques de la Commission Gomery n’aura pas sauvé le PQ et ne l’aura pas empêché de perdre encore plus de terrain le 26 mars.
En effet, c’est suite aux résultats serrés du référendum que l’offensive d’Ottawa contre le Québec s’est déployée, c’est-à-dire le plan B. Les commandites, la Loi sur la Clarté (C-20) et le déséquilibre fiscal n’en sont que les éléments les plus médiatisés. Rappelez-vous des discours sur la partition, de la propagande fédéraliste, du Bureau d’information du Canada (BIC) ou du sabotage des missions commerciales du Québec à l’étranger. En réduisant sans cesse la marge de manœuvre du gouvernement provincial, le gouvernement fédéral a habilement manœuvré pour alimenter la population de cynisme envers les politiciens québécois devenus incapables de régler les problèmes les plus pressants. L’ADQ profite de la colère généralisée envers une classe politique qui, au fond, demeure la pauvre victime d’une dynamique canadienne visant à contrer la volonté d’émancipation émanant du Québec.
Mario Dumont, ce ver de terre dans une armure de chevalier, doit beaucoup à tout le conseil des ministres du gouvernement Chrétien, et particulièrement à Stéphane Dion, le principal architecte du plan B et actuel chef des libéraux fédéraux. Il s’agit de leur victoire, du triomphe de la détermination patiente de tous ceux qui œuvrent contre l’affirmation nationale des Québécois et qui cherchent à neutraliser le mouvement indépendantiste. Pour eux, ce moment historique marque une étape décisive vers la disparition des séparatistes. Après l’éclatement de la coalition souverainiste, on assiste maintenant à l’effondrement politique du mouvement visant à donner aux Québécois un État bien à eux.
Le Québec tout entier paie maintenant le prix de la défaite souverainiste en y perdant le peu d’indépendance qu’il avait réussi à arracher dans la fédération canadienne. Nos adversaires auraient cependant tort de célébrer trop rapidement la fin du PQ, car si le 26 mars constitue une victoire des fédéralistes sur les souverainistes, ce n’est pas la capitulation du souverainisme, qui demeure bien vivant et prêt à se réorganiser.