J'ai eu le plaisir d'interviewer à nouveau Jacques Bournival, ce septantenaire au coeur de vingt ans. Après son passage à DÉMO International 2012, il retrace comment lui et ses deux complices Jean Bournival et Julien Lampron ont vécu cette expérience inouïe.
En effet, il s'agit d'un forum international où les manœuvres de précision font gagner des points pour le concours, notamment l'empilage de billes de bois, le chargement et le déchargement.
En l'écoutant, je m'imagine le public perplexe admirant ces trois gars de la Mauricie en train d'utiliser des juments, Cybelle et Nellé, pour exploiter une forêt. Tout un contraste avec les porteurs Komatsu! Trois hommes avec deux chevaux qui pratiquent une méthode écologique d'exploitation de la forêt...
« Aucune machine ne peut équivaloir au travail du cheval en forêt pour protéger les repousses et protéger l'environnement, » exprime Jacques Bournival avec conviction. Et d'ajouter : « Pouvez-vous imaginer tout ce que le débusquage avec un cheval protège et laisse au propriétaire d'un petit boisé mesurant deux kilomètres de long par 500 mètres de large? Le passage du cheval n'exige qu'un mètre de large pour pouvoir circuler en forêt. Quant à la machinerie moderne, elle a besoin de trois à sept mètres, voire davantage dans certains cas. »
Avec le cône ou le traîneau autochargeur, Julien Lampron, Jacques Bournival et les juments commencent à débusquer les troncs de bois. Puis à l'aide d'un système de poulies, ils ont empilé les billots sans effort de quiconque.
« Les spectateurs portaient un regard admiratif. Ils étaient impressionnés par la docilité du cheval et la délicatesse de l'homme envers son partenaire, le cheval. » -- Jacques Bournival
Pourquoi participer à Démo?
Lorsque questionné sur sa présence à cet événement, Jacques Bournival explique avec des mots attendrissants qu'il souhaite simplement redonner la place aux chevaux qu'ils méritent dans les temps modernes.
« Vous savez, au début de la colonie, on utilisait le cheval en forêt, puis la machine a fait son apparition. Maintenant, le cheval redevient à la mode dans nos forêts privées. C'est pourquoi les demandes de formations sont populaires depuis huit ans. Cette aventure est devenue une mission, » déclare-t-il.
Rentabilité
Est-ce que les machines sont plus rentables que les chevaux pour ce genre de travail? D'après cet expert, il est indéniable que la machine est peut-être cent fois plus rapide que l'utilisation du cheval.
« Le cheval rapporte moins d'argent à la fin de la journée, mais du point de vue de l'environnement, c'est une autre histoire. Julien a vendu son tracteur pour acheter deux juments canadiennes. Il fait de huit à neuf tonnes de bois par jour. Autrement dit, un peu plus d'une corde et demie par jour, » lance le sympathique septantenaire.
D'où vient cette passion?
Jacques Bournival raconte sa passion pour les chevaux et la forêt depuis son jeune âge. « Quand j'ai pris ma retraite en 90, mon mentor, Ludger Harvey, m'a demandé un coup de main avec mes chevaux à faire chantier pour le Regroupement Forestier de Maskinongé. Ce que je faisais déjà par plaisir chez moi. Et voilà que nous le faisions à grande échelle à présent. »
Zoothérapie
Qui n'a pas entendu parler des bienfaits de la zoothérapie? Jacques Bournival narre qu'il en bénéficie. « Je ne suis jamais seul. Je suis avec un être vivant, mon cheval. Je lui parle. Je lui demande d'arrêter, de partir, d'aller à gauche, d'aller à droite, de venir me retrouver une fois l'arbre tombé, » dit-il simplement. Il raconte aussi aimer prendre son repas du midi près de lui et lui offrir une croûte de pain ou son cœur de pomme. « De temps en temps, au cours de la journée, je lui offre une gâterie à manger, je lui fais une caresse et souvent, je lui donne des p'tites tapes d'amour. » Et d'ajouter : « Imaginez un opérateur faire pareil envers sa machine! On pourrait questionner son état mental, » plaisante-t-il.
Si le chien est le meilleur ami de l'homme, les chevaux de trait de Jacques Bournival sont ses collaborateurs, ses compagnons, ses aides et surtout, ses amis fiables. « Le chien et le cheval sont deux amis fidèles, mais le cheval est encore plus fort. Je confie parfois mes petits-enfants à mes chevaux. Vous pouvez comprendre que pour leur confier de tels trésors, il me faut une grande confiance en eux, » exprime-t-il.
Remerciement
Jacques Bournival remercie sincèrement Mark Cussack et Peter Robichaud de DÉMO International 2012 ainsi que l'Institut de technologie agroalimentaire et Québec à Cheval pour lui avoir permis de vivre pleinement cette expérience extraordinaire avec ses deux partenaires.


